J'irai vous voir dans peu de jours,—mais quand toutefois je ne boiterai plus, et quand je me sentirai très gai; vous connaissez mes principes.

Il m'est arrivé, relativement à vous, un petit chagrin que je veux vous avouer, parce qu'il est irréparable.—J'avais, vers la fin du mois, avisé deux éventails ou plutôt deux modèles d'éventail empire fort bien peints,—dont l'un, le tableau de Thésée et Hippolyte, de Guérin;—je me proposais de vous les offrir, connaissant votre passion pour les choses de cette époque. Mais je me figure à tort que personne n'a les mêmes idées que moi et que les choses doivent m'attendre interminablement dans les boutiques. À mon retour, ils avaient disparu.

Je vous remercie de tout mon cœur des excellents conseils littéraires que vous m'adressez. Ils sont excellents (abstractivement et généralement), surtout parce qu'ils viennent d'un excellent cœur; mais je vous assure que, dans le cas présent, ils ont tort. Avant de faire mon installation définitive, il faut bien que je me débarrasse de tout ce que je ne pourrai pas faire là-bas.

Amitiés à Mosselmann.

All yours.

Dimanche, 2 Mai 1858.

Voilà, ma chère amie, le petit livre dont je vous avais parlé et qui vous amusera, j'en suis sûr.

Que vous avez été méchante de ne pas même me laisser le temps de vous remercier de toute la joie que j'ai trouvée dimanche et hier auprès de vous!

Votre extraordinaire Madame Nieri a commis en me quittant un enfantillage digne d'une étrangère. Avant que j'eusse eu le temps de donner mon adresse au cocher, elle s'était avisée de le payer, et, comme je me fâchais, elle a dit: Il est trop tard, c'est fait!—et puis, avec une vitesse aussi extraordinaire qu'elle, elle s'est élancée, elle et ses jupes, dans le grand escalier de l'hôtel.

Tout à vous.—Je vous embrasse comme un très ancien camarade que j'aimerai toujours. (Le mot camarade est un mensonge; il est trop vulgaire, et il n'est pas assez tendre.)