[III]

À JEANNE DUVAL

Honfleur, 17 Décembre 1859.

Ma chère fille,

Il ne faut pas m'en vouloir si j'ai brusquement quitté Paris sans avoir été te chercher, pour te divertir un peu. Tu sais combien j'étais exténué par l'inquiétude. De plus, ma mère, qui savait que sur ma terrible échéance de 5,000 fr. il y avait 2,000 fr. payables à Honfleur, me tourmentait beaucoup. D'ailleurs, elle s'ennuie. Tout s'est arrangé heureusement, mais figure-toi que la veille il manquait 1.600 fr. De Calonne s'est conduit très généreusement et nous a tirés d'affaire. Je te jure que je vais revenir dans quelques jours; il faut que je m'entende avec Malassis, et d'ailleurs j'ai laissé tous mes cartons à l'Hôtel. Désormais, je ne veux plus faire à Paris de ces énormes séjours qui me coûtent tant d'argent. Il vaut mieux pour moi venir souvent et ne rester que quelques jours. En attendant, comme je puis rester une semaine absent, et que je ne veux pas que dans ton état tu restes privée d'argent, même un jour, adresse-toi à M. Ancelle. Je sais que je suis un peu en avance sur l'année prochaine, mais tu sais que malgré ses hésitations il est assez généreux. Cette petite somme te suffira pour m'attendre, et les environs du Jour de l'An m'apporteront de l'argent. Mets donc ce billet dans une nouvelle enveloppe, et, puisque tu n'as pas le courage d'écrire de la main gauche, fais écrire l'adresse par ta domestique.

J'ai trouvé un logement transformé. Et ma mère, qui ne peut pas rester une minute en repos, a arrangé et embelli (elle a cru embellir) mon logement.

Je vais donc revenir, et si, comme je le crois, je suis doué de quelque argent, je tâcherai de t'amuser.

Avec ces chemins glissants, ne sors pas sans être accompagnée.

Ne perds pas mes vers et mes articles.