[1852.]

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Quant à moi, si j'avais un beau parc planté d'ifs sur autrui, sur soi-même[38],
Si, pour mettre à l'abri mon bonheur dans l'orage,
J'avais, comme ce riche, un parc au vaste ombrage,
Dédale s'égarant sous de sombres massifs;
Si j'avais des bosquets, ô rossignols craintifs,
O cygnes, vos bassins; votre sentier sauvage,
Vers luisants qui, le soir, étoilez le feuillage;
Vos prés au grand soleil, petits grillons plaintifs;
Je sais qui je voudrais cacher sous mes feuillées,
Avec qui secouer dans les herbes mouillées
Les perles que la nuit y verse de ses doigts,
Avec qui respirer les odeurs des rivières,
Ou dormir à midi dans les chaudes clairières,
Et tu le sais aussi, belle aux yeux trop adroits.


[AUTRE MONSELET PAILLARD][39]

VERS DESTINÉS A SON PORTRAIT

On me nomme le petit chat;
Modernes petites-maîtresses,
J'unis à vos délicatesses
La force d'un jeune pacha.
La douceur de la voûte bleue
Est concentrée en mon regard;
Si vous voulez me voir hagard,
Lectrices, mordez-moi la queue!


[SONNET][40]

Lorsque de volupté s'alanguissent tes yeux,
Tes yeux noirs flamboyants de panthère amoureuse,
Dans ta chair potelée, et chaude, et savoureuse,
J'enfonce à belles dents les baisers furieux.
Je suis saisi du rut sombre et mystérieux
Qui jadis transportait la Grèce langoureuse,
Quand elle contemplait, terre trois fois heureuse,
L'accouplement sacré des Hommes et des Dieux.
Puis, sur mon sein brûlant, je crois tenir serrée
Quelque idole terrible et de sang altérée,
A qui les longs sanglots des moribonds sont doux,
Et j'éprouve, au milieu des spasmes frénétiques,
L'atroce enivrement des vieux Fakirs hindous,
Les extases sans fin des Brahmes fanatiques.