Quand il lui prend fantaisie de chasser ou bien quand on lui signale un ours dans la montagne, il part de grand matin, muni de sa carabine et cherche la piste de la bête.

Sa chasse dure quelquefois trois ou quatre jours.

Quand il a trouvé le repaire de l'ours, il va se poster avant l'aube à quelque distance de ce repaire et attend. A peine le soleil se lève-t-il derrière les monts de Beaune qu'un sourd grognement l'avertit du réveil de sa future victime.

Il se place derrière un tronc d'arbre ou un rocher et lorsque l'ours apparaît à l'entrée de sa tanière, il vise l'oreille ou le front, entre les deux yeux, afin de ne point gâter la peau de son gibier.

Quelquefois, il manque son coup. La bête alors se rue en avant: arrivée à deux pas du chasseur, elle s'élance furieuse vers son agresseur pour l'étouffer dans ses bras.

Si le chasseur manque de sang-froid, il est perdu. Guigonnet, lui, ne s'effraie pas pour si peu. Il attend tranquillement, sans bouger de sa place; puis, quand l'ours est bien en face de lui, qu'il ouvre sa gueule formidable ornée de dents aiguës, il ajuste et fait feu à bout portant, dans cette gueule rouge, fumante... L'ours tombe et tout est dit.

Un jour, il lui advint une singulière aventure. Il chassait le renard en compagnie de quelques amis. Or, pendant que ses compagnons l'attendaient de l'autre côté de la forêt, François Guigonnet avait grimpé sur la montagne et guettait le renard au passage.

Il se trouvait tout auprès d'une coulée, sorte de boyau taillé à pic dans le roc et par lequel on fait glisser du haut de la montagne en bas les fagots que l'on coupe dans les forêts et les broussailles. La coulée était bordée d'arbres touffus qui, réunissant leurs hautes branches, formaient au-dessous d'elles une voûte de verdure à travers laquelle le soleil ne pourrait pénétrer.

Quelques instants après, le renard passa au galop, suivi de plusieurs chiens qui aboyaient à tue-tête. L'animal sauta d'un bond dans la coulée, se faufila à travers la broussaille et disparut.

N'obéissant qu'à son instinct de chasseur, Guigonnet bondit... Le pied lui glissa... il tomba.