—Mais l'ours, mon oncle! interrompis-je.

—Attends, attends un peu, neveu!... Un matin, excités par le récit des exploits de mes cousins, nous leur déclarâmes que nous irions avec eux du côté des tours de Montmayeur.

Les tours de Montmayeur sont deux belles tours séparées l'une de l'autre par une distance de cent mètres au moins. Elles sont restées debout à la suite d'un crime commis dans ce château par le dernier baron de Montmayeur, Jacques. Ce Jacques était fils du maréchal de Savoie. Or, en 14...

Lorsque mon oncle se lançait dans l'histoire et qu'il abordait une légende nationale, sa digression durait ordinairement de trois à quatre heures. Moi, je tenais à mon ours et je réclamais énergiquement l'histoire de cet ours.

Hilarion Bruno eut aux lèvres un sourire de pitié et haussa les épaules:

—Ah! petiot, me répondit-il, tu ne sais pas quel charme, quelle beauté, quel attrait mystérieux ont nos légendes! Si tu veux faire des livres, il faudra bien apprendre tout cela!

Petiot!!!

Dans toute cette phrase de mon oncle, je n'avais entendu que le mot petiot, et j'allais avoir quinze ans au 23 octobre prochain!

Je dévorai ma rage, espérant que l'ours ne tarderait point à venir.

—Un matin donc, reprit mon oncle, nous nous dirigeâmes vers les tours de Montmayeur. Nous étions six, en y comprenant ma petite chienne Blondette, qui était bien la bête la plus intelligente que j'aie connue. Elle me suivait pas à pas.