Comme je ne pouvais point marcher aussi lestement que mes grands cousins, j'allai tranquillement, suivant à dix pas mon cousin Camille.
Voilà que tout à coup...
—Bon! interrompis-je encore, nous y sommes! mon oncle me jeta un regard sévère et reprit:
—.... Blondette se fourvoie dans un buisson et lance un lièvre qui passe entre mes jambes. Je me serais taxé de présomptueux si l'idée m'était venue de tirer un lièvre à la course. Blondette détala à la suite de l'animal aux longues oreilles, et me voilà parti après ma chienne, brandissant mon fusil au-dessus de ma tête.
Mes cousins s'étaient arrêtés et riaient de tout leur coeur.
—Bravo, petit! me criaient-ils, bravo!
Au lieu de venir à mon secours, ces badauds riaient et me contemplaient, bouche béante.
Le lièvre courait toujours, Blondette aboyait, moi, je commençais à perdre haleine.
Enfin ce bon lièvre vint se jeter dans un champ de pommes de terre. Mes cousins arrivèrent; mais je réclamai l'honneur de tirer le premier coup, et profitant d'un moment où le lièvre laissait passer ses oreilles derrière les feuilles, j'envoyai ma charge tout entière..... dans les mollets de mon cousin André.
Ma foi! je fis comme les cousins de mon oncle, j'éclatai de rire, tant et si fort, que mon accès d'hilarité dura cinq bonnes minutes.