Les eaux arsenicales conviennent souvent à nos malades; la Bourboule en particulier, Saint-Nectaire chez les enfants et les jeunes gens.

Mais nous ne voulons pas faire une revue des eaux minérales françaises et étrangères. Tout ce que nous voulons prouver, c'est que les eaux minérales sont un agent thérapeutique de premier ordre, un agent que tous les médecins doivent connaître, non seulement parce qu'ils voient dans les livres, non seulement par ouï-dire, mais en se donnant la peine d'aller les visiter. Il n'est même pas mauvais qu'ils goûtent, par eux-mêmes, aux diverses sources, et qu'ils tâtent parfois des bains. Ils ne tarderont pas à voir que ce ne sont pas des agents indifférents: je leur recommande, en particulier, un bain à Salies-de-Béarn, à forte dose d'eau salée. Aussi le monde médical doit-il être très reconnaissant à celui de nos maîtres, le professeur Landouzy, qui a organisé, tous les ans, des caravanes scientifiques pour visiter les eaux françaises; quinze jours de voyage sous une bonne direction médicale sont plus utiles que six mois de travail dans les livres. On apprend ainsi à connaître non seulement les eaux, mais aussi les médecins des stations, parmi lesquels il en est beaucoup qui ont des idées générales très intéressantes sur la pathologie. Ces médecins des villes d'eaux sont, d'ailleurs, pour les praticiens, de précieux collaborateurs, quand ils veulent bien ne pas se borner à prescrire les eaux en boisson, les bains, les douches, etc., et consentir à faire, en même temps, oeuvre médicale véritable, c'est-à-dire surveiller le régime, doser avec soin le repos et l'exercice, et se souvenir que la psychothérapie ne perd jamais ses droits.

Voyages.—Les gens du monde se figurent que les voyages font le plus grand bien aux malades en général, qu'à la suite d'un état aigu, par exemple, dès que le malade est transportable, il faut l'envoyer bien loin de chez lui, et que, dans les états chroniques, ce déplacement lointain est la condition sine qua non d'une guérison. Cette opinion est basée sur une erreur d'interprétation. Il est certain qu'un homme bien portant se trouve très bien d'un déplacement annuel, et les vacances sont chose indispensable pour cet homme, quels que soient son âge et sa situation. Il faut que, au moins une fois par an, l'homme bien portant mette, pendant quelques jours, son cerveau en jachère, prenne l'exercice dont il a été en partie privé pendant le reste de l'année. Ce temps consacré au repos cérébral n'est pas du temps perdu, c'est du temps bien employé.

Les vacances sont également nécessaires à l'enfant qui travaille: et par vacances nous entendons non seulement le repos cérébral, qui doit être presque absolu,—ce qui, par parenthèse, contre-indique l'usage des devoirs de vacances,—mais aussi, autant que possible, le changement de milieu, ne fût-ce que pendant une trentaine de jours. De là l'utilité des colonies de vacances, que le professeur Landouzy appelle «des croisades de paix et de rédemption». Elles sont, dit-il très justement, la «première ligne de défense contre la tuberculose». M. Plantet a fait sur ce sujet, à la demande de l'Office central du travail, un rapport des plus intéressants et des plus complets, publié dans la Réforme sociale, (16 juin et 1er juillet 1905). Il résulte de ce rapport que la France est en retard sur les autres pays, sur le Danemark, l'Angleterre, la Suisse, l'Allemagne, la Belgique; que nous n'occupons, en somme, que le sixième rang dans la lutte des sociétés contre le dépérissement de leur race. Cependant, depuis 1882, la France est entrée dans le mouvement, et les colonies scolaires françaises sont déjà en nombre considérable: il y a les colonies de la ville de Paris, 26 institutions privées parisiennes, 40 comités de patronage s'occupant de procurer des vacances aux enfants pauvres de la capitale; et des colonies semblables fonctionnant dans cinquante-six villes de France. Au total, en 1902, 14000 petits Français ont bénéficié de ces institutions philanthropiques[18].

Note 18:[ (retour) ] Dans l'intéressant rapport de M. Plantet, chacune de ces colonies est étudiée avec des détails suffisants pour qu'on puisse se rendre compte de son fonctionnement, du prix de revient, des résultats obtenus. Dans un premier type, les enfants sont logés en commun dans un même local (villas scolaires, écoles communales vacantes pendant l'été, propriétés privées, louées, acquises, spécialement aménagées pour abriter une collectivité à la campagne ou à la mer). C'est la colonie d'internat.

Dans un second type, les enfants sont confiés par petits groupes de deux à quatre au plus, à des familles de cultivateurs recommandables, moyennant un prix débattu, dans les régions réputées les plus saines. C'est le placement familial.—Les deux systèmes présentent des avantages et des inconvénients qui sont analysés de très près dans le travail que nous signalons.—En ce qui concerne la santé, tous les rapports constatent la plus-value dans toutes les régions, en montagne, en plaine, à la mer, aussi bien dans les colonies collectives que dans les colonies familiales.

Quant aux résultats moraux, tout dépend de la colonie et de l'esprit qui l'anime. Beaucoup pensent qu'il ne suffit pas de faire gagner à de pauvres enfants une livre de graisse par semaine. Il y a mieux à faire, on peut réaliser un bien plus durable: il faut viser à ce qu'ils rentrent meilleurs à leur foyer. Dans certaines colonies, un tel soin ne se devine guère. Dans d'autres, au contraire, c'est la pensée dominante et le rêve du directeur. Le tout est de savoir choisir.

Non seulement l'homme bien portant, mais celui qui n'est qu'un peu fatigué par le surmenage cérébral, et par les petites émotions quotidiennes, se trouve très bien de changer d'air, de milieu, non seulement une fois par an, mais même chaque fois qu'il sent, chez lui, cette sorte de malaise cérébral prémonitoire de la neurasthénie, ou certains troubles digestifs mal définis qui prouvent que son système nerveux abdominal n'est plus en fonctionnement parfait. Pour lui, un déplacement de quelques jours est extrêmement favorable. Où qu'il aille, il verra son appétit renaître, sa constipation disparaître, la santé lui revenir. Que dis-je? chez certaines femmes nerveuses, mais au demeurant ayant encore un capital sérieux, l'unique fait de monter en chemin de fer produit des effets appréciables, et, le jour même du départ, on les voit transformées. Elles laissent à la première station leurs phobies, leurs inquiétudes; c'est un changement à vue, un véritable coup de théâtre.

Mais autre chose est l'hygiène de l'homme bien portant, ou du candidat à la «maladie» dont le capital est encore presque intact, et autre l'hygiène du vrai malade. Voilà ce que, d'une façon générale, les gens du monde ignorent. Ils s'obstinent, malgré eux, par le fait d'un faux raisonnement, à croire que ce qui fait du bien à l'homme valide doit en faire encore plus à l'homme malade. «Un bon bifteck saignant est certainement utile à un travailleur bien portant; combien il doit être plus utile à un malade affaibli! Il va certainement lui rendre des forces. Donnons-lui donc de la viande saignante; plus il en prendra, plus vite il sera guéri!» Le malade proteste, il affirme que la viande saignante lui fait du mal: c'est égal, qu'on lui en donne au moins autant que son estomac pourra en digérer, ce sera toujours pour son bien! On disait la même chose, autrefois, pour le vin; les gens intelligents commencent à comprendre que le vin, si utile à un travailleur bien portant, n'est pas un aliment héroïque quand il est donné à des malades, même sous forme de vins médicamenteux.

De même l'on raisonne pour l'exercice. Un exercice modéré est utile aux gens bien portants; il faut donc l'imposer au malade. Ce dernier a beau dire que la moindre marche le fatigue, lui ôte le peu d'appétit et de sommeil qu'il avait encore; c'est égal, il faut qu'il marche! On ne conçoit pas qu'il doive rester à la chambre, du moment qu'il peut se tenir sur ses jambes. Le pauvre malade voudrait rester couché, il sent que le lit lui est utile; c'est encore là, dit-il, qu'il souffre le moins. Mais non, il faut qu'il se lève! Le lit ôte les forces, le lit constipe! Et plus le patient est soi-disant bien soigné, plus il a à lutter contre ces préjugés, qu'on parvient difficilement à déraciner même dans les milieux intelligents. Il ne faut pas non plus, dit-on, laisser le malade dormir le jour, sans quoi il ne dormira pas la nuit! Malheureux, qui ne voulez pas comprendre que l'insomnie de votre cher malade «tient à une excitation de ses cellules cérébrales, et que le sommeil est le meilleur remède à apporter à cette excitation, et que, par conséquent, le sommeil du jour prédispose au sommeil nocturne! Quand donc aurez-vous une notion un peu précise et raisonnée sur la pathogénie de tous ces troubles dont l'ensemble constitue la «maladie»?

C'est aussi par une faute grossière de raisonnement qu'on considère les voyages comme utiles aux malades. Encore une fois, ils sont utiles aux gens bien portants, et d'autant plus utiles qu'on se porte mieux, parce qu'ils permettent à l'homme doué d'un beau capital biologique de faire de ces petites avances dont nous avons parlé déjà, de ces placements à gros intérêts qui augmentent sa fortune. Accidentellement, il est vrai, il peut se faire que le placement soit malheureux: c'est ce qui arrive chez l'alpiniste qui aventure une trop grosse somme d'énergie, et met quelquefois quinze jours à se refaire d'une excursion par trop fatigante. Mais enfin, en général, on peut dire que, chez les gens bien portants, ces risques de dépenses exagérées sont réduits à très peu de chose. Le malade, au contraire, est un indigent. Non seulement il ne doit pas dépenser à tort et à travers, mais il doit parcimonieusement, et avec un soin jaloux, garder le peu qu'il possède encore, et chercher à faire des économies. Si son indigence est momentanée, il se remettra assez vite à flot. Si elle est définitive, a fortiori devra-t-il chercher à ne pas faire de fausses dépenses.

Or, il ne faut pas se le dissimuler, pour le malade tout voyage est une dépense; le changement d'habitudes, le surcroît de fatigue inévitable, à eux seuls, occasionnent de la dépense nerveuse. Si c'est un grand malade, le voyage peut même le tuer, comme il tue ces malheureux typhoïdiques qu'on est quelquefois obligé, en campagne, ou qu'on se croit obligé d'évacuer à de longues distances, sur des cacolets qui les secouent d'une façon lamentable. Ils arrivent quelquefois morts à l'ambulance lointaine, d'autres fois demi-morts; mais toujours leur état est extrêmement aggravé. Si on avait pu les soigner sur place, ou les évacuer à très petites journées, dût-on les tenir privés des ressources de la thérapeutique, et se borner à leur faire deux lotions fraîches par jour, ils auraient eu bien plus de chances de guérir. Je l'affirme au nom d'une expérience personnelle, faite pendant la campagne de Tunisie. Mais, sans parler des états aigus qui contre-indiquent absolument tout long déplacement, ne voyons-nous pas, tous les jours, des états chroniques aggravés à vue d'oeil par les longs trajets? Cet illustre malade qui traverse toute la Russie pour aller au Caucase, dans le vain espoir de retrouver la santé, et qui voit son état s'aggraver sensiblement en route; tous ces cardiaques, ces albuminuriques qui vont aux eaux lointaines chercher la guérison promise, et en reviennent bien plus fatigués que s'ils étaient restés chez eux? Et les tuberculeux avancés! ces tristes victimes des théories régnantes et de la crainte de la contagion.