Vous prenez là, dira-t-on, les cas extrêmes, et on commence à comprendre que les grands déplacements ne sont pas favorables aux grands malades.
Oui, mais j'ajoute qu'ils ne sont pas, non plus, favorables aux malades moyens.
Pour me faire comprendre, voyez cette jeune femme nerveuse qui ne digère plus, qui dort mal, qui est constipée, qui n'a pas ses règles depuis six mois; on se figure encore que, en lui faisant quitter le climat brumeux du Nord pour l'envoyer sur la côte d'Azur, on va lui faire le plus grand bien; c'est une profonde erreur. L'insolent ciel bleu du Midi lui paraîtra odieux, et, après quelques jours, elle souhaitera, dans son for intérieur, de quitter le délicieux pays. Elle ne le dira pas, pour ne pas torturer son entourage, elle souffrira en silence; et il peut même se faire qu'à la longue son état s'améliore; mais, sûrement, ce ne sera pas l'effet du changement de milieu. Et il peut bien se faire aussi que son état s'aggrave assez pour que l'entourage se rende à l'évidence, et ramène à grands frais, et avec d'infinies précautions, la pauvre victime dans le milieu qu'elle n'aurait pas dû quitter.
En réalité, le voyage n'est utile que chez les gens qui paraissent n'en avoir pas besoin. C'est pour bien faire comprendre notre manière de voir que nous exagérons, à dessein, la formule de notre pensée.
Il est bien certain qu'entre le malade grave, qu'on ne doit pour rien au monde déplacer, et l'homme qu'on est convenu d'appeler bien portant, et qui a tout intérêt à faire des voyages d'agrément, il existe toute une série d'intermédiaires auxquels les voyages peuvent rendre des services. Le changement radical de milieu, si dangereux pour le malade grave, peut être utile à l'individu qui n'est que sur la frontière de la «maladie». Quitte à avoir dans un hôtel une nourriture moins bonne, moins hygiénique, moins adaptée à l'état de son estomac, un dyspeptique pourra se trouver bien de cette nourriture, si, en arrivant à l'hôtel, il laisse ses préoccupations incessantes, énervantes, de Paris. Comme toute chose humaine, le déplacement peut avoir du bon et du mauvais, et on ne peut formuler de règles absolues pour les cas moyens; c'est au médecin, s'il est consulté, à peser le pour et le contre, et à donner les indications générales.
Mais il y a quelques conseils qu'il devra donner toujours au malade. C'est:
1° De ne pas voyager de nuit.
2° De s'interdire les changements journaliers de stations, sauf dans les cas où, pour une raison quelconque, on est obligé de gagner les altitudes. Dans ce dernier cas, il faut, au contraire, imposer au malade des stations intermédiaires, car l'expérience démontre que rien n'est préjudiciable à une grande nerveuse, par exemple, comme le voyage en une seule traite de Paris en Engadine. Elle peut être sûre que, en arrivant à destination, il lui faudra plusieurs jours pour s'adapter au nouveau milieu d'altitude, pour faire son acclimatation; pendant ces quelques jours, elle aura un malaise extrême, et, en particulier, de l'insomnie, tandis que, si elle s'était arrêtée deux fois en route, elle n'aurait pas eu à payer ce tribut à la dépression barométrique.
3° De s'interdire le voyage matinal; de ne pas croire que, parce que le lever à l'aube est favorable à l'alpiniste bien portant, il soit également favorable aux neurasthéniques qui ont besoin de leur sommeil matinal.
4° Une prescription importante, c'est encore de se reposer, à l'arrivée à destination, pendant deux, quatre jours, suivant la valeur de l'individu, pour réparer la dépense occasionnée par le voyage. Ce repos sera plus ou moins complet, suivant la gravité des cas. En principe, il vaut mieux pécher par excès que par défaut de prudence.