Mais il ne faut pas croire que l'exercice soit toujours utile aux obèses. L'obésité, étant un symptôme de la «maladie», est quelquefois entretenue par un excès d'exercice. J'ai connu une jeune fille de vingt-huit ans, très obèse, qui, après avoir consulté des médecins de diverses nationalités, avait fini par suivre les conseils d'un empirique, qui n'avait rien trouvé de mieux, pour la faire maigrir, que de mettre sa mère en relations avec un commandant de chasseurs à pied, de façon que ces deux dames pussent suivre tous les exercices du bataillon. Au bout d'un mois, la mère était demi-morte, et la jeune fille grossissait toujours. Sous l'influence de l'exercice, elle mangeait davantage et buvait en conséquence. Mais vint un jour où l'estomac, fatigué par la suralimentation, se mit à protester; c'est alors que je prescrivis le régime ultra-restreint, pendant quelques jours, pour remettre l'estomac en état, le repos presque absolu pendant cette période, puis un régime s'adaptant au fonctionnement de l'estomac et de l'intestin, avec un exercice modéré; et voici que, sous l'influence de ce traitement, la malade vit diminuer son obésité, et disparaître, successivement, d'autres troubles variés qui, comme l'obésité, étaient symptomatiques!
Il n'y a pas de régime des obèses: il y a le régime applicable à tel ou tel malade atteint d'obésité. Le plus souvent, le régime restreint est indiqué; d'autres fois, il faut alimenter l'obèse, et rien n'est dangereux comme de le faire maigrir par insuffisance alimentaire. Il ne faut pas, non plus, le faire maigrir par l'emploi de la thyroïdine. Je dois dire, cependant, que j'ai été surpris des résultats excellents obtenus, par la thyroïdine, chez un obèse de vingt ans qui, en six mois, a vu son poids baisser de 105 à 80 kilogrammes, sans qu'il en soit résulté le moindre trouble pour la santé. Mais la thyroïdine avait été maniée par le Dr Polin avec une prudence extrême (2 milligrammes par jour, et pendant six mois consécutifs).
En général, il faut se méfier de ce médicament, qui demande une surveillance médicale sinon quotidienne, du moins hebdomadaire; il faut enfin se rappeler que l'hygiène suffit toujours pour atténuer l'obésité au point d'en supprimer les inconvénients, et aussi qu'il est toujours dangereux de faire trop maigrir un obèse, ou de le faire maigrir trop vite. Quand un obèse maigrit trop vite, son ventre tombe, il est vrai; mais c'est le commencement de l'effondrement. Son système nerveux tombe aussi. En y mettant le temps, au contraire, c'est-à-dire en ne brusquant pas la manière d'être du sujet, on peut toujours arriver à des résultats excellents.
J'ai commencé à donner des soins il y a dix ans, à une dame de soixante-sept ans, qui pesait 97 kilogrammes. Elle est arrivée en dix-huit mois, à baisser, avec une progression continue, à 77 kilogrammes... Depuis, elle garde son poids et sa santé; son déclin s'opère avec une lenteur telle qu'il est à peine perceptible. Inutile de dire que l'hygiène seule a fait les frais de la thérapeutique.
CHAPITRE II
LA VIEILLESSE
Quelle que soit l'économie qui ait présidé à l'usage du capital biologique, il n'est pas possible que quelques mauvais placements n'aient été faits, dans le courant de l'existence; que des chocs accidentels, et indépendants de la volonté, n'aient, à diverses reprises, ébréché le capital. L'homme qui se condamnerait à vivre à seule fin de prolonger ses jours vivrait certainement très longtemps, mais la sentence d'Horace lui serait applicable: «Pour vivre, il aurait perdu les raisons de vivre.» Et propter vitam vivendi perdere causas.
D'autre part, le capital diminue par le fait même de la vie, comme la vitesse initiale d'un projectile diminue progressivement par le fait de la résistance de l'air. Enfin il vient un moment où le capital, après avoir produit des intérêts considérables, ne donne plus que des intérêts de moins en moins élevés. Ce moment coïncide exactement avec la période de déclin, de sorte que, à partir de ce jour, quoi qu'il fasse et sans qu'il s'en doute, l'être vivant s'appauvrit fatalement et progressivement. Il en arrive enfin à n'être plus qu'un médiocre petit rentier; et c'est alors la vieillesse.
Vieillesse qui peut, d'ailleurs, survenir à tout âge; témoin ces enfants qui ont l'aspect de petits vieillards, comme on dit dans le langage courant; ces hommes de quarante ans qui sont aussi des vieillards, des loques humaines. Mais, le plus souvent, la vieillesse survient à un âge plus tardif, que, pour le besoins de la cause, nous fixerons, par exemple, à soixante-cinq ans.
A partir de cet âge, l'homme ne doit pas se borner, comme le lui conseillaient les trois jeunes gens du fabuliste, «à songer à ses erreurs passées» Il peut même encore avoir «de longs espoirs et de vastes pensées», à condition que ce ne soit pas pour lui, mais pour ses arrière-neveux. Il peut, en d'autres termes, jouir de son expérience et s'efforcer d'en faire profiter les autres; mais en se rappelant qu'il a atteint l'âge du repos, des ménagements et des précautions. Et de même que, dans la première période de la vie, il appartient aux parents de ménager pieusement et de faire sagement fructifier le capital de l'enfant; de même, à cette dernière période, il est du devoir des enfants de veiller avec zèle sur la frêle existence dont ils ont la charge; d'éviter au vieillard toute fuite nerveuse, tout chagrin, tout souci, tout écart de régime, et de le préserver contre toute intervention thérapeutique brutale.