Léo Drouyn, dans ses Variétés girondines, donne un autre récit des faits et gestes de ce Gavarret ou Gabarret, récit tiré de l'Histoire de d'Aubigné et du Journal du chanoine Syreuilh: «Gabarret se retira dans le château de Semens où il demeurait; ayant résolu de changer de religion et d'inaugurer sa conversion par un coup d'éclat, il fit prévenir, le 22 août 1580, huit capitaines huguenots et en particulier Meslon, qu'il avait des intelligences dans une importante place forte appartenant aux catholiques; il les engageait à venir le voir à Semens, dîner avec lui, afin de combiner, pendant le repas, les moyens de parvenir à s'emparer de la forteresse qu'il ne nommait pas encore. Les huit capitaines s'y rendirent en effet, accompagnés de quatre marchands du pays et de soldats tous bien montés et armés, faisant, en tout, une troupe de 26 hommes.
«A peine était-on à table, que l'un des invités s'aperçut qu'il n'y avait pas de couteaux et en demanda; à ces mots, le capitaine Lestaire sortit, puis revint aussitôt avec 58 hommes armés, qui massacrèrent les soldats et les capitaines qui ne pouvaient payer rançon et emprisonnèrent les autres; puis Gabarret écrivit à du Puy, commençant sa lettre par ces mots: «Mon père», contraignit Meslon à lui écrire également de venir avec le capitaine d'Auché, trois autres et un jeune homme nommé Baptiste de Bat, parent aussi et pupille de du Puy qu'il ne quittait guère, et qui avait «une des plus belles voix et des mieux conduites qu'on eût pu ouïr». De Bat avait été élevé avec Gabarret. A leur arrivée, ils furent massacrés, sauf de Bat et du Puy.» Gabarret mit ensuite à mort ces deux derniers convives, avec des raffinements de cruauté qui semblent avoir été inventés à plaisir. Meslon et deux autres prisonniers sauvèrent leur vie en payant une forte rançon.
L'histoire de Gabarret est restée mystérieuse en partie: l'origine en est obscure, et la fin inconnue. Un point semble pourtant acquis: c'est le motif de la grande haine de cet aventurier pour le roi de Navarre. Le 8 août 1580, Henri écrivait à André de Meslon: «Quant au sieur de Gabarret, je vous prie lui faire entendre que je désire grandement le contenter, mais qu'il ne m'est possible de lui accorder l'état de mestre-de-camp dans Monségur qu'il prétend. D'autant que c'est une chose que je n'ai encore faite en nulle autre place, en faveur de personne, ni résolu faire ci-après; mais s'il me veut venir trouver, je lui ferai si bon traitement et si favorable qu'il en sera satisfait.»
Cette lettre, dit justement Léo Drouyn, nous initie aux motifs probables de la haine que Gabarret voua au roi et qui l'amena plus tard à tenter de l'assassiner. (Page [196].)
[XXIX.]
Voici l'analyse du traité de Nemours (7 juillet 1585):
«Il y fut convenu qu'il n'y aurait désormais en France qu'une seule religion; que les ministres huguenots sortiraient du royaume dans un mois, et dans six mois tous les autres qui ne voudraient pas rentrer dans la religion catholique; que tout hérétique, pour la seule raison d'hérésie, serait incapable de posséder aucune charge, dignité ou bénéfice; que les chambres mi-parties appelées chambres de l'édit seraient supprimées; que le roi autoriserait ce traité par un édit irrévocable; et que lui, son conseil et tous les corps du royaume le confirmeraient par leur serment; qu'il serait enregistré au parlement et exécuté sans délai; qu'on retirerait des mains des huguenots les villes qu'on leur avait cédées; que le cardinal de Bourbon aurait Soissons pour ville de sûreté; le duc de Mercœur, Dinan et Le Conquet, en Bretagne; le duc de Guise, Verdun, Toul, Saint-Dizier et Châlons; le duc de Mayenne, le château de Dijon, la ville et château de Beaune; le duc d'Aumale, Saint-Esprit de Rue, en Picardie; que le gouvernement de Bourbonnais, vacant par la mort du sieur de Ruffec, serait donné au duc d'Elbeuf; que le cardinal de Bourbon aurait, pour sûreté de sa personne, soixante-dix gardes à cheval et trente arquebusiers; et les ducs de Mercœur, de Guise et Mayenne, trente gardes à cheval; et que tout ce qui avait été fait et entrepris par la Ligue catholique serait avoué et approuvé du roi, comme fait pour son service et pour celui de l'Etat. A tout cela il fut ajouté que la citadelle de Lyon serait rasée, que le roi fournirait aux Ligués la somme de deux cent mille écus, dont les deux tiers seraient employés à payer les troupes étrangères qu'ils avaient levées, et qu'il donnerait cent autres mille écus pour bâtir une citadelle à Verdun, outre l'entretien des gardes qu'il accordait aux princes ligués.
«Tel fut le fameux édit de Nemours, que l'on put appeler le triomphe des rebelles et l'anéantissement de l'autorité royale.» (Page [198].)