[XXVII.]
Le seul récit que nous connaissions de la surprise et de la reprise de Bourg en 1585 se trouve dans la Vie des grands capitaines français, de Brantôme:
«Ce bourg avait été surpris par les menées de M. de Lansac, bien qu'il fût lors en Espagne, et mena si accortement cette entreprise, laquelle s'exécuta fort heureusement, s'aidant d'un gentil soldat nommé Lantifaux, fors qu'une petite tour qui tint bon par un capitaine janissaire, gentil et déterminé soldat. Cependant, M. d'Epernon étant à Saintes, sur le point de partir pour la France, s'y achemina en telle diligence, que les entrepreneurs, s'étant mis plus à piller qu'à parachever la victoire, prirent l'épouvante dudit M. d'Epernon, et se sauvèrent par la mer, avec si peu de butin qu'ils purent emporter.
«M. de Lansac m'a dit depuis que, s'ils eussent tenu seulement quatre jours, qu'il venait au secours, menant une fort belle armée espagnole de mer, avec laquelle il eût bien fait du mal à Bordeaux et au pays.
«M. d'Epernon s'accommoda dudit bourg fort bien, et le mit en sa main, y établit bonne et forte garnison sous Campagnol, qui le garda très bien jusqu'à la restitution commandée par le roi (Henri IV). M. le maréchal demanda sa place, qui était de son gouvernement, à M. d'Epernon, lequel, autant ambitieux que courageux, ne la voulut point rendre, disant qu'il l'avait secourue, gagnée et conquise à la sueur de son corps, et que de droit elle était sienne.» (Page [196].)
[XXVIII.]
On ne connaît rien de bien précis sur les tentatives d'assassinat dirigées contre le roi de Navarre.
«Un jour, dit Samazeuilh, un capitaine espagnol, du nom de Loro, vint à Nérac offrir au roi de Navarre de lui livrer Fontarabie. Cet homme était effroyable à voir. «Il avait, dit d'Aubigné avec lequel il s'aboucha d'abord, l'œil louche, le nez troussé, les naseaux ouverts et le front enflé en rond.» Ses paroles plus affreuses encore, tout en soulevant le cœur de notre historien, finirent par lui inspirer de graves soupçons. Il s'agissait du massacre de toute la garnison de Fontarabie, à commencer par le frère de Loro qui la commandait, «car, disait-il, si mon frère gagnait, avec quelques soldats, un coin de tour, il serait secouru et nous perdus». D'Aubigné, d'accord avec Frontenac, prit d'extrêmes précautions, lors de l'entrevue de ce capitaine espagnol avec leur maître, qui s'impatientait de la curatelle où le tenaient ses gens.
«Cependant les soupçons contre le capitaine Loro s'étant confirmés, il fut mis en prison; puis pour éviter le bruit, car d'Aubigné donne à entendre que des princes français se trouvaient compromis dans cette sombre affaire, on le dirigea sur Casteljaloux. Parvenu sur le pont de Barbaste, Loro se précipita dans la Gélise, où il fit tout ce qu'il put pour se noyer; mais ses gardes l'en retirèrent, et n'ayant pu enfouir son secret au fond de cette rivière, il avoua tout à Casteljaloux, où on venait de le conduire. Les motifs déjà signalés firent qu'on l'exécuta dans sa prison. D'Aubigné termine ce récit par ces réflexions à l'adresse sans doute du duc d'Epernon: «Ah! que ce prince n'a-t-il toujours été en si fidèles mains!»
«Une autre fois, ce fut un nommé Gavarret, gentilhomme de Bordeaux et réformé converti à la religion romaine, qui, pour donner une garantie de sa foi, résolut de tuer le roi de Navarre. Monté sur un cheval de prix, il se présente au prince, en route avec trois écuyers seulement, pour se rendre à Gontaud. Henri, qui le soupçonnait, débute par louer l'allure de son cheval. Puis il lui demande de le lui laisser monter. Gavarret n'ayant osé lui refuser cette courtoisie, Henri se voit à peine en selle, sur le cheval de l'assassin, qu'il s'empare des pistolets trouvés à l'arçon, et les tire en l'air, à la grande surprise de Gavarret; après quoi ce prince poussa, d'un temps de galop, jusqu'à Gontaud, où il rendit le cheval et «donna l'ordre à Meslon de se défaire du compagnon, comme il fit le plus honnêtement qu'il put», ajoute d'Aubigné. D'autres attribuent cette tentative de régicide au capitaine Michaud, et transportent le lieu de la scène dans le bois d'Aillas. Mais si les noms diffèrent, l'identité des détails prouve qu'il s'agit du même crime.»