M. de Ségur écrit d'Allemagne, le 4 novembre 1585, au roi de Navarre, qu'il a déjà vu le duc Casimir, très dévoué à la cause et prêt à agir; que le duc de Luxembourg s'offre avec 6,000 chevaux et 4 régiments de lansquenets; que beaucoup d'autres princes font des propositions analogues; mais l'argent anglais manquant, il faut temporiser. De son côté, M. de Clervaux s'ingénie auprès des Suisses. En somme, Ségur a bon espoir et ne doute pas du succès définitif. Mais toute cette grave affaire allait bien lentement. Elle n'était pas encore conclue, lorsque s'ouvrit la grande crise de 1587.
La correspondance politique et religieuse entre le roi de Navarre et les princes protestants se poursuivait même à travers les événements si tragiques et si compliqués des années 1587, 1588 et 1589.
Dès l'année 1585, les princes d'Allemagne lui avaient fait remettre, par M. de Ségur-Pardaillan, un livre portant le titre de Concorde (Concordiæ liber)... Il n'y répondit qu'au mois de février 1589, et donna à entendre, ce qui était vrai, que les calvinistes français ne pouvaient s'accommoder, sans de nombreuses restrictions, de ce symbole de foi, auquel la plupart des docteurs de la Réforme en France refusèrent finalement leur adhésion. (Pages [173]-[189]-[193].)
[XXV.]
Le duc d'Epernon s'attacha d'abord au duc d'Anjou (plus tard Henri III), puis, pendant quelque temps, au roi de Navarre, et s'introduisit à la cour, où il devint un des mignons de Henri III, qui le combla d'honneurs et de richesses. Outre des sommes énormes, il reçut de lui les gouvernements des Trois-Evêchés, du Bourbonnais, de l'Angoumois, de la Saintonge, de l'Aunis, de la Touraine, de l'Anjou et de la Normandie, la charge de colonel-général de l'infanterie en 1581 et celle d'amiral, qu'il céda à son frère Bernard. Disgracié en 1588 et exilé à Loches, il rentra en faveur l'année suivante. Après la mort de Henri III, il refusa de servir Henri IV, et, se retirant avec une partie de l'armée, il mit le roi dans l'obligation de lever le siège de Paris. Plus tard, ayant fait sa soumission, il se montra le plus hautain et le plus turbulent des grands officiers de la couronne. Henri IV eut la faiblesse de recevoir plusieurs fois en grâce cet orgueilleux vassal. On sait que, comme gouverneur de Guienne en 1622, il s'y rendit odieux et eut de violents démêlés avec le parlement de Bordeaux et l'archevêque de Sourdis, qu'il osa bâtonner, mais à qui il fut obligé, l'année suivante, de demander pardon. Quand on étudie la vie et le caractère du duc d'Epernon, il est presque impossible d'y trouver un acte ou un trait qui ne mérite la réprobation générale. (Page [184].)
[XXVI.]
La déclaration qui fut publiée par le cardinal de Bourbon était datée de Péronne et du dernier jour de mars 1585. «C'était lui, dit le Père Daniel, qui parlait dans cet écrit. Il s'y intitulait premier prince du sang, comme il avait déjà fait au traité de Joinville, quoique cette qualité appartînt au roi de Navarre. Il insinuait que la succession à la couronne le regardait. Il y donnait aux ducs de Lorraine et de Guise le titre de lieutenants-généraux de la Ligue. Il y nommait, parmi les associés, outre les autres princes de la Maison de Lorraine, de Guise et de Vaudemont, le cardinal de Vendôme et les ducs de Nemours et de Nevers; et ce qui paraît le plus surprenant, mais ce qui marque, en même temps, combien les intrigues des ligueurs étaient étendues, c'est qu'à la tête de la déclaration on mit une liste de ceux qui entraient dans l'association, où l'on voyait le pape, l'empereur, les princes de la Maison d'Autriche, le roi d'Espagne, etc. Cette liste avait de quoi imposer au peuple et effrayer le roi; car il n'était pas vraisemblable que la Ligue eût osé s'autoriser de tant et de si grands noms, si toutes les puissances dont elle se faisait fort n'y avaient elles-mêmes consenti.
«Le premier et le principal motif exprimé dans la déclaration était que, le roi n'ayant pas d'enfant, on était menacé du danger d'avoir en France pour roi un prince hérétique et relaps, quoique le serment de nos rois à leur couronnement les obligeât à maintenir sur toute chose la religion catholique dans le royaume. On y ajoutait le refus des huguenots de rendre les villes de sûreté, leurs pratiques auprès des princes protestants d'Allemagne, les charges ou les fonctions ôtées aux seigneurs catholiques bien intentionnés pour la religion; les moyens dont on se servait afin d'obliger les gouverneurs des places ennemies des huguenots à se défaire de leurs gouvernements pour de l'argent; l'insatiable avarice des favoris; la multitude des nouveaux impôts; l'accablement et l'oppression de tous les ordres de l'Etat, et enfin l'inutilité du dessein formé aux Etats de Blois, de ne souffrir aucune autre religion dans le royaume que la catholique, dessein qui s'était évanoui par la damnable politique de ceux qui gouvernaient le roi et le royaume.» (Page [190].)