Catherine refusa Jacques. «Pour celui-là, disait-elle plus tard à Sully, j'avoue que je fus si sotte, à cause de quelques fantaisies que j'avais lors en tête, que je n'y voulus point entendre.»


En 1585, les Guises, Catherine de Médicis et le roi de Navarre engagèrent une triple négociation auprès des cantons catholiques suisses. M. L. Combes, professeur d'histoire à la Faculté des Lettres de Bordeaux, a publié en 1879, dans les Annales de cette Faculté, les lettres écrites, à ce sujet, par la Maison de Lorraine, par la reine-mère et par Henri. «Les Suisses, dit-il, valaient à eux seuls une armée, avec leur solidité, leur bravoure, leur fidélité.»

Voici l'expression caractéristique de la lettre du roi de Navarre aux cantons, en date du 10 juin 1585, lettre tirée, comme les autres, des archives de Lucerne:

«Messieurs, chacun peut juger par l'intérêt que j'avais au service de Sa Majesté, que je ne suis jamais entré dans les armes que pour ma juste défense et pour la protection d'une bonne et grande partie des sujets du roi, que je voyais livrés à une certaine ruine par l'établissement de ceux qui regardent plus la terre que les cieux, et qui n'avaient pas de moindres desseins que ceux dont nous voyons aujourd'hui les effets...—N'ai-je pas des catholiques avec moi, prêtres et religieux d'Agen? Ne sont-ils pas traités parfaitement bien, etc., etc.? Je vous témoigne ces choses devant les yeux, pour vous donner à entendre que cette crainte, qu'ils prétendent avoir, que je ne ruine la religion catholique si j'en avais les moyens, est trop éloignée de la raison de mes déportements passés, de l'âge florissant et du zèle du roi en sa religion, pour être vraie cause des émotions qu'ils font...—Les princes lorrains ont des liaisons avec l'Autriche... Ainsi cela vous regarde; votre secours ne servira que de planche à faire passer ambitions et convoitises de ceux qui ont toujours assailli votre liberté et qui ont toujours été tenus en bride par le contre-poids et la grandeur de la France.»


C'est surtout à partir de l'année 1585 que se multiplient les négociations du roi de Navarre avec les souverains étrangers.

Le 8 mai 1585, Henri écrit à Walsingham, premier secrétaire d'Angleterre, pour lui recommander M. de Ségur, chargé de solliciter des secours de la reine.

Le 9 juin, M. de Ségur écrivait à Walsingham: «Il est temps que la reine nous témoigne sa bonne volonté. Si par autre moyen nous pouvions retenir la rage des ligueurs, on ne l'eût importunée. Nous avons cru et croyons qu'elle a soin de la conservation de ce prince et de la nôtre, et pour ce, librement nous nous adressons à S. M., à laquelle, s'il vous plaît, vous ferez voir un mémoire que j'envoie. Il contient, par le menu, le nombre d'Allemands et Suisses desquels nous avons besoin, et l'argent qui nous est nécessaire pour les lever et amener en France... C'est peu que deux cent mille écus à S. M.: le roi de Navarre a moyen de lui rendre et de lui faire mille fois plus de services. Je vous supplie qu'on se résolve bientôt à nous aider et qu'on me donne moyen de passer bientôt en Allemagne publier la bonté de la reine et chercher moyen de nuire à nos ennemis. Je vous envoie le nombre des forces du roi et des Guises.» Le mémoire de la reine, dont parle Ségur, se terminait ainsi: «Les affaires de la chrétienté sont aujourd'hui en tel point qu'elles vont par heures et par minutes, au lieu qu'elles coulaient ci-devant par ans et par mois».

Le 13 octobre de cette même année, Walsingham écrivait à Ségur, alors en Allemagne, que, sans vouloir abandonner la cause du roi de Navarre et de ses amis, la reine Elisabeth, voyant les hésitations des princes allemands, avait résolu d'ajourner son intervention. Les princes agissant, elle agira. Elle promet, le cas échéant, «la somme de cent mille écus, qui est beaucoup pour elle, attendu les grands frais qu'elle fait et sera contrainte de faire ailleurs...»