«Catherine restait à Pau sans se marier. Cependant jamais princesse ne se vit recherchée par un plus grand nombre de prétendants. Palma Cayet en a fait la récapitulation détaillée et complète; parmi eux figurent Monsieur, depuis duc d'Alençon, le duc de Lorraine (qui fut plus tard beau-père de Catherine), Philippe roi d'Espagne, le duc de Savoie, le roi d'Ecosse, le duc d'Anhalt, le duc de Montpensier, le comte de Soissons.

«C'est ce dernier prince qui avait inspiré une passion profonde à la sœur de Henri IV, dont le cœur était aussi aimant que celui de son frère. Le comte de Soissons, après avoir plu d'abord au roi de Navarre, encourut sa disgrâce pour toujours. Henri, dont le caractère était ouvert et loyal, ne pouvait souffrir le comte, toujours sérieux et dissimulé. Il l'accusait aussi d'avoir aspiré à se faire subroger à sa place, avec l'aide du pape, de l'Espagne et de la Ligue.

«Rien ne put changer les sentiments de Catherine. Durant vingt-cinq ans elle conserva son premier amour. Elle repoussait tous les prétendants, et attendait. Dans sa douce mélancolie, elle ne laissa jamais échapper une plainte, et semblait se complaire dans sa lointaine espérance.

«Lorsque notre Henri, ce parvenu légitime, fut enfin tranquillement assis sur le trône de France, il appela Catherine auprès de lui, désireux de lui faire oublier, par un mariage convenable, celui dont il avait empêché la réalisation.

«Catherine fut obligée de quitter Pau pour aller rejoindre son frère. La nouvelle de son départ jeta l'alarme dans le cœur des Béarnais. Ils comprenaient la perte immense qu'ils allaient faire. C'était leur dernière princesse qui allait leur être ravie. C'était leur protectrice, leur orgueil et leur amour, qui allait abandonner le château, à jamais déshérité de ses maîtres et de ses rois.

«Henri IV entoura sa sœur unique de soins et d'affection, autant que d'égards et d'honneurs. Elle avait partagé toutes ses idées, il voulut lui faire partager ses nouvelles croyances. Catherine était douée d'une trop grande fermeté de caractère pour abandonner facilement sa nouvelle religion: cependant elle consentit à se faire instruire pour plaire au roi. Elle se décida enfin à un mariage tardif. Les archives du château ont conservé les pactes de mariage d'entre haut et puissant prince Henry duc de Lorraine, et Madame Catherine, princesse de France et de Navarre, sœur unique du roi, 1598. C'est le 31 janvier 1599 que le mariage fut célébré. En 1604, Catherine, qui n'avait pas revu sa ville de Pau, mourut à l'âge de 46 ans, précédant de six années son frère dans la tombe.» (Page [167].—Le renvoi porte XVIII par erreur.)

[XXIV.]

Nous avons plusieurs fois mentionné, dans notre récit, les diverses négociations du roi de Navarre avec les souverains étrangers. Des détails complémentaires au sujet de ces négociations peuvent offrir quelque intérêt.

Lors du voyage de Ségur à Londres, au mois de juillet 1583, il s'agissait pour Henri, non seulement de travailler, avec les princes protestants, à la création d'une ligue défensive et offensive[54], mais encore d'élaborer un projet de mariage entre Catherine de Bourbon, sa sœur, et Jacques, fils de Marie Stuart, déjà reconnu comme roi d'Ecosse, et à qui devait revenir la couronne d'Angleterre après la mort d'Elisabeth. Ce projet parut avoir, pendant longtemps, des chances d'aboutir, comme on en peut juger par la correspondance de Henri.

[54] Ce fut en ces circonstances que commença, entre le roi de Navarre—ou plutôt Du Plessis-Mornay—et les princes protestants, une très longue correspondance latine. On la trouve dans un livre publié à Utrecht en 1679 sous un titre dont voici les premiers mots: «Henrici, Navarrorum regis epistolæ».