On a fait des volumes rien qu'avec les récits des aventures auxquelles nous faisons allusion. Voici une anecdote caractéristique entre toutes, empruntée à la Notice sur Nérac de M. de Villeneuve-Bargemont:

«Le duc d'Anjou, pendant le séjour qu'il fit à Nérac après la paix de Fleix, étant sorti pour aller parcourir les promenades qui ornent la ville, rentre fort mécontent de n'avoir été salué par personne et se plaint amèrement à son beau-frère de cette incivilité, qui était si contraire à tout le bien qu'il lui avait dit de ses sujets. «Je ne conçois rien à cela, dit Henri; mais, ventre saint-gris! venez avec moi, nous éclaircirons la chose.» En effet, dès qu'ils paraissent, la foule se presse autour d'eux. La joie, l'affection, le respect se peignent sur tous les visages. Henri frappe sur l'épaule de l'un, demande à l'autre des nouvelles de sa femme et de ses enfants, serre la main à celui-ci, fait un salut à celui-là, adresse quelques paroles honnêtes à tous, et rentre au château avec un cortège nombreux. «Eh bien! dit-il au duc d'Anjou, vous avais-je rien dit de trop sur l'honnêteté de mes braves bourgeois de Nérac?—Parbleu! je le crois bien: c'est vous qui leur faites presque toujours les avances...—Oh! par ma foi! mon frère, entre Gascons nous ne tirons jamais à la courte paille. Personne ne calcule avec moi, et je ne calcule avec personne; nous vivons à la bonne franquette, et l'amitié se mêle à toutes nos actions.»

«Qui n'a relu avec bonheur, ajoute Bascle de Lagrèze, les touchantes histoires du bon roi entrant incognito dans une chaumière, dans une hôtellerie, pour surprendre dans la bouche du peuple la vérité qu'on pouvait avoir intérêt à ne pas laisser pénétrer jusqu'à lui?» (Page [158].)

[XXIII.]

Bascle de Lagrèze a consacré à Catherine de Bourbon un des plus intéressants chapitres du Château de Pau. Nous en détachons les lignes suivantes:

«En l'absence de Henri, qui poursuivait au loin ses aventureuses et nobles destinées, sa très chère et très aimée sœur, Madame la princesse de Navarre, régente et lieutenante-générale, résidait au château de Pau et s'occupait de la douce mission de faire le bonheur des Béarnais.

«Elle avait partagé avec son frère les tendresses d'une mère dévouée, et reçu comme lui une éducation sérieuse. Dans une sombre allée du parc royal, la reine Jeanne avait fait bâtir un petit castel qu'elle nommait «Castel-Béziat», charmante expression du pays qui devrait se traduire par château chéri comme un enfant gâté. Catherine y fut élevée. Le silence et la solitude ne conviennent-ils pas mieux pour l'éducation d'une jeune fille que les bruits de fêtes et d'intrigues dont retentissent les palais des rois?

«Jeanne d'Albret, s'adressant à son fils dans son testament, «lui recommande expressément la tutelle et défense de Madame Catherine sa sœur». Henri aimait trop sa sœur pour ne pas se conformer au vœu de sa mère. Il se hâta d'obtenir pour elle la liberté de rentrer en Béarn, où la ramena Madame de Tignonville, sa gouvernante. C'est dans le palais de Pau que cette noble princesse, d'un esprit supérieur, d'un savoir prodigieux, s'occupa des affaires du pays, consacrant ses loisirs à la culture des arts, à la poésie et à la musique. Elle jouait très bien du luth et chantait encore mieux.

«Elle était aussi bonne que spirituelle. Son frère et elle s'aimaient comme s'étaient aimés Marguerite de Valois et François Ier. Plusieurs lettres de Henri IV prouvent bien tout l'attachement qu'il lui portait. Il lui écrivait un jour: «La racine de mon amitié sera toujours verte pour vous, ma chère sœur». Dans une de ses lettres au roi de France, notre Henri s'excuse d'avoir tout quitté pour accourir à Pau, parce qu'il avait appris que sa sœur était malade.

«Catherine semblait être née pour régner; si elle ne régna pas de droit, elle gouverna de fait nos contrées. Elle remplaçait son frère absent. Elle administrait ses Etats sous le titre de régente, et jamais administration plus douce ne fut plus prospère. Le feu des guerres de religion et les horreurs des discordes civiles qui désolaient la France, n'atteignirent pas le Béarn, et si quelques difficultés surgirent, elle sut les conjurer, en faisant appel à l'affection que lui portait le peuple.