—«Madame, ce n'est pas moi qui en suis cause; au contraire, c'est vous. Je ne vous empêche que vous reposiez en votre lit; mais vous, depuis dix-huit mois, m'empêchez de coucher dans le mien.

—«Et quoi! serai-je toujours en cette peine, moi qui ne demande que le repos?

—«Madame, cette peine vous plaît et vous nourrit; si vous étiez en repos, vous ne sauriez vivre longuement.

—«Comment, je vous ai vu autrefois si doux et si traitable, et à présent je vois sortir votre courroux par les yeux, et l'entends par vos paroles.

—«Madame, il est vrai que les longues traverses et les fâcheux traitements dont vous avez usé à mon endroit m'ont fait changer et perdre ce qui était de mon naturel.

—«Or bien, puisque ne pouvez faire de vous-même, regardons à faire une trêve pour quelque temps, pendant lequel vous pourrez conférer et communiquer avec vos ministres et vos associés, afin de faciliter une bonne paix, sous bons passeports, qui à cette fin vous seront expédiés.

—«Eh bien! Madame, je le ferai.

—«Eh quoi, mon fils, vous vous abusez! Vous pensez avoir des reîtres, et vous n'en avez point.

—«Madame, je ne suis pas ici pour en avoir nouvelles de vous.»

Par cette première entrevue, qui se passa toute en semblables propos, la reine-mère se convainquit de la difficulté de sa mission. Il était évident que le roi de Navarre venait à elle plutôt avec le parti pris de ne pas s'accommoder qu'avec des idées de conciliation. Elles étaient, en effet, loin de son esprit, parce que derrière la reine-mère ou derrière le roi de France, non irréconciliables, comme la suite le prouva, Henri et ses amis voyaient la Ligue, leur ennemie mortelle, dont la destruction seule pouvait assurer leur existence. Catherine pourtant ne s'avoua pas vaincue; elle eut encore deux entrevues avec le roi de Navarre. Dans la seconde, elle lui demanda de contremander la levée allemande, et insista sur le changement de religion, première condition d'un accord et d'une paix durables. «Madame, répondit Henri, le respect du roi et ses commandements m'ont fait demeurer faible et donner aux ennemis, avec la force, l'audace qui est la fièvre de l'Etat. Votre accusation est comme celle du loup à l'agneau; car mes ennemis boivent à la source des grandeurs. Vous ne me pouvez accuser que de trop de fidélité; mais moi je me puis plaindre de votre mémoire, qui a fait tort à votre foi.» Il se défendit de toute concession au sujet de la levée allemande, faisant sentir à la reine qu'il pénétrait l'arrière-pensée cachée sous cette demande, et qu'il n'était pas homme à se désarmer, quand on s'efforçait de l'accabler de toutes parts. Et quant au changement de religion: «Comment, ajouta-t-il, ayant tant d'entendement, êtes-vous venue de si loin pour me proposer une chose tant détestée et de laquelle je ne puis délibérer avec conscience et honneur que par un légitime concile auquel nous nous soumettrons, moi et les miens?»