«Rassuré sur ses villes de l'Albret, Henri s'en alla du côté de la Dordogne. Le 2 septembre 1577, il était à Sainte-Foy-la-Grande, d'où il envoya aux consuls de Bergerac et à M. de Meslon, sénéchal d'Albret, des instructions pour assurer la défense de cette contrée. «Ces mesures sont d'autant plus nécessaires, ajoutait-il, que, traitant en ce moment de la paix, il faut empêcher, pour obtenir de meilleures conditions, que l'ennemi ne nous enlève nos places pendant les négociations.» Ces craintes se réalisèrent au sujet de Langon, que les réformés venaient d'enlever au capitaine La Salle du Ciron, et que Largimarie leur reprit et démantela. Seulement ce fait peut se confondre avec la prise de Langon, du 8 avril 1578.

«Jusqu'à la paix dont il est question dans cette lettre, nous ne trouvons plus à dire, pour nos contrées, qu'une petite campagne des réformés de Casteljaloux dans les Landes.» Elle se termina par un engagement des plus meurtriers.

«Les catholiques, forcés au combat, jetèrent leurs arquebusiers dans un bois voisin, et, protégés ainsi sur leur flanc, ils attendirent la charge. Le capitaine de Casteljaloux imita cette manœuvre: il envoya également ses arquebusiers dans le bois, pour ne pas être inquiétés de ce côté, et se formant ensuite en bataille à cent cinquante pas des ennemis, les 45 salades des réformés entamèrent leur charge, dont le succès fut complet, car ils passèrent sur le ventre aux catholiques, et lorsqu'ils tournèrent bride pour achever leur tâche, ils virent ceux qui avaient survécu à genoux et demandant quartier.» Les soldats de Bayonne eurent seuls la vie sauve, et ils furent renvoyés au vicomte d'Orthe avec leurs armes et leurs chevaux.

«Peu de jours après, il vint à Casteljaloux un trompette de Bayonne, chargé de présents en écharpes et en mouchoirs ouvrés, pour toute la garnison; et, plus tard, le roi de Navarre se trouvant, le septième, à une fête que lui donnait La Hilière, successeur du vicomte d'Orthe, dans son gouvernement, les habitants de Bayonne apprirent que le capitaine de Casteljaloux était dans la compagnie de ce prince, et, pour payer sa «courtoisie», ils l'accablèrent de soins et de prévenances.» (Page [118].)

[XVI.]

Berger de Xivrey a noté, d'après d'Aubigné, ce curieux incident de la conférence de Nérac:

«La Meausse, gouverneur de Figeac, était un vieux gentilhomme d'un esprit juste et ferme. Lors des conférences de Nérac, il avait d'un seul mot détruit tout l'effet d'une comédie jouée par Catherine de Médicis, et peinte de main de maître par d'Aubigné. «La reine ayant ouï quelques gentilshommes ployer en leurs réponses particulières, les voulut voir et essayer ensemble en sa chambre, et là découpler une harangue curieusement élaborée par Pibrac, auquel on avait recommandé l'éloquence miraculeuse de Pologne, comme à un coup de besoin. Cependant elle, de son côté, avait appris par cœur plusieurs locutions qu'elle appelait consistoriales.

«Pibrac, bien préparé, harangua devant ces fronts d'airain, merveilleux en délicatesse de langage, exprès en ses termes, subtil en raisons, lesquelles il fortifiait et illustrait d'exemples agréables, presque tous nouveaux et curieusement recherchés...

«Il fut si pathétique qu'il rendit comme en extase les plus délicats de ses auditeurs. Adonc la reine, ayant les yeux comme larmoyants, se lève de sa chaire et haussant les mains sur sa tête, s'écria plusieurs fois: «Eh bien! mes amis, donnons gloire au Dieu vivant, faisons choir de ses mains la verge de fer!» Et comme elle eut demandé au nez de quelques-uns: «Que pouvez-vous répliquer?» tout fut muet, jusques au gouverneur de Figeac, nommé La Meausse, qui, comme l'interrogation s'adressait à lui, répondit: «Je dis, Madame, que Monsieur que voilà a bien étudié; mais de payer ses études de nos gorges, nous n'en pouvons comprendre la raison.» (Page [131].)