Ce qui suit est extrait de l'Histoire de l'Agenais, du Condomois et du Bazadais, par J.-F. Samazeuilh:
«La Vachonnière, gouverneur de cette ville, se laissant entraîner par ses jeunes officiers dans une excursion du côté de Marmande, «pour aller chercher, disaient-ils, à la mode de leur pays, de quoi faire fumer le pistolet», ils montèrent à cheval, au nombre de 38 arquebusiers.
«Parmi eux se trouvaient deux Bacoue et les Brocas.
«Or il arriva que le baron de Mauvezin, chef catholique, venait de concerter avec les Metges de La Réole et les capitaines Massiot et Métaut, l'un d'Aiguillon, l'autre de Saint-Macaire, une entreprise contre la garnison de Casteljaloux avec 20 salades d'élite, outre la compagnie des gens d'armes de ce baron et 750 arquebusiers tirés de Marmande et des lieux circonvoisins. Leur plan était de cacher ces arquebusiers au moulin de Labastide, situé sur leur route, à une lieue de Casteljaloux, et d'aller provoquer ensuite les réformés de cette ville pour les entraîner, par une fuite simulée, dans une embuscade.
«Mais La Vachonnière étant parti le premier, ce dessein ne put recevoir son exécution. Seulement, lorsque l'avant-garde de Casteljaloux, composée de 15 salades et commandée par d'Aubigné, que secondait le capitaine Dominge avec 15 arquebusiers à cheval, parvint sur le bord de la Garonne, ils virent tout le bord opposé en aval de Marmande «noirci de gens de guerre», et une première batelée d'ennemis qui allaient atteindre la rive gauche à Valassins. Aussitôt d'Aubigné commande à Dominge de mettre pied à terre et de donner sur ceux qui abordaient. Dominge tue ou noie toute cette avant-garde, au nombre de 60 hommes; la plupart n'eurent pas même le temps d'ajuster leurs mèches. Mais comme le reste s'empressait de s'embarquer pour venir les venger, La Vachonnière, qui avait suivi de près son lieutenant, prévoyant que la partie ne serait pas égale, se mit alors en retraite, au simple pas de ses chevaux...»
Les catholiques, suivant, en toute hâte, leurs ennemis, offrirent le combat près de Malvirade. «Ce fut l'un des engagements les plus acharnés et les plus glorieux pour les réformés, car ces derniers étaient à peine un contre dix, et d'Aubigné fait observer avec raison qu'il ne faut pas dédaigner cette affaire, «pour ce que les hommes n'y sont pas comptés par milliers.»
«L'aîné des Brocas et un cavalier d'Aiguillon se coupèrent la gorge avec leurs poignards. Bacoue, en tuant l'ennemi qu'il avait en tête, reçut aussi une blessure mortelle; puis vinrent quelques hallebardiers qui l'achevèrent dans le fossé où il venait de combattre. La Vachonnière tomba, «les reins coupés d'une balle ramée, et de plus, brûlant de quatre arquebusades»; d'Aubigné voulut le sauver et le remettre en selle; mais il tomba presqu'aussitôt, à son tour, couvert de blessures, et lorsque le capitaine Dominge vint à son secours, il le vit qui, sous trois cadavres, s'escrimait encore de son épée, dont il blessa mortellement Métaut, Bastanes et Metges le jeune. A l'aide de quelques-uns de ses compagnons, Dominge dégagea le lieutenant de La Vachonnière et le remonta sur son cheval. Quant à La Vachonnière lui-même, il était déjà mort.
«Les pertes éprouvées au combat de Malvirade n'avaient pas découragé la garnison de Casteljaloux, car, peu de temps après, et sous les ordres de d'Aubigné qui, durant le repos occasionné par ses blessures, venait de dicter au juge de cette juridiction «les premières stances de ses Tragiques», elle s'empara «par escalade (d'après ses Mémoires) et par intelligence (d'après son Histoire universelle) de Castelnau-de-Mesmes, sur la rivière de Ciron, où fut tué le juge du lieu, avec trois autres habitants.
«Sur ces entrefaites, l'armée de Villars, grossie de toute la noblesse de l'Armagnac et des troupes des capitaines Gondrin, Fontenille, Labatut, Poyanne, Lartigue et autres, avait entrepris le siège de Manciet. Le capitaine Mathieu défendit cette ville avec tant de résolution que l'on s'empressa de lui accorder une capitulation honorable, sur le faux avis que le roi de Navarre assiégeait, de son côté, Beaumont-de-Lomagne. Mais il n'était question ici que d'une attaque dirigée par les habitants de cette ville, vers la fin de juin ou au commencement de juillet 1577, contre notre prince en marche sur Montauban, et qu'il repoussa de manière à leur ôter le goût de semblables insultes.
«Il résulterait, d'un passage des Mémoires de Sully, que, dans le cours de cette campagne, Villars «fit quelques tentatives sur Casteljaloux et sur Nérac, mais qu'il trouva partout le roi de Navarre qui déconcerta ses desseins. «Ce prince s'exposait comme le moindre soldat, et fit devant Nérac un coup d'une extrême hardiesse, lorsqu'un gros de cavalerie s'étant détaché pour venir le surprendre, il le repoussa presque seul. Nos prières ne furent point capables de l'engager à prendre plus de soin de sa vie.»