Berger de Xivrey ajoute les observations suivantes:
«Des quatre seigneurs qui s'étaient trouvés avec le roi de Navarre à une si chaude affaire, Mornay lui était nécessaire pour le conseil, Rosny était encore trop jeune pour avoir le commandement d'une place. Restaient donc de Batz et Béthune. Ce dernier fut d'abord nommé gouverneur d'Eauze. Mais je le trouve accompagnant le roi dans les premières expéditions de 1577. Or, la prise d'Eauze était de 1576, comme le remarque l'abbé Brizard, qui avait des renseignements de la famille de Batz, et j'ai cru devoir placer cette lettre-ci vers la fin de cette année (1576).»
Le lecteur fera encore une autre observation: c'est que le silence absolu gardé par Du Plessis-Mornay et Sully sur la part prise par Manaud de Batz au combat d'Eauze montre combien peu ils se souciaient de rendre justice aux catholiques, même à ceux que le roi distinguait parmi les plus fidèles et les plus vaillants.
Roquelaure était certainement à Eauze, aux côtés du roi de Navarre. Rappelons brièvement sa glorieuse carrière.
Antoine de Roquelaure, seigneur de Roquelaure en Armagnac, de Gaudoux, etc., baron de Lavardens et de Biran, fils de Géraud, seigneur de Roquelaure, et de Catherine de Bezolles, était né en 1543 et jouissait déjà de beaucoup de crédit auprès de Jeanne d'Albret. Elle lui donna sa part dans la terre de Roquelaure, dont il était co-seigneur avec elle, et l'engagea au service de son fils. Roquelaure fut lieutenant de la compagnie des gendarmes de ce prince et maître de la garde-robe. Il continua cette dernière fonction auprès de Henri IV, qui le nomma, en 1595, chevalier de ses ordres. Il joignit à ces titres, en 1610, quelque temps avant la mort de Henri IV, ceux de lieutenant de roi dans la haute Auvergne, capitaine du château de Fontainebleau, gouverneur du comté de Foix, et lieutenant-général du gouvernement de Guienne. En 1615, il devint maire perpétuel de Bordeaux et maréchal de France. Il mourut à Lectoure, le 9 juin 1625.
Eauze et l'Eauzan formaient un territoire de sept lieues de long sur quatre de large. Il était borné au nord par le Gabardan, au sud et à l'est par l'Armagnac, à l'ouest par le Marsan. (Page [104].)