«Monsieur de Batz, c'est vrai qu'un gros vilain homme m'a voulu mettre en suspicion votre fidélité et affection; or, à tel que me faut entendre est bien mon oreille ouverte, mais lui sont bouchés mon cœur et ma croyance, comme en telle occasion. Et n'en faites plus de compte que moi. En quel autre que vous pourrais-je tenir ma confiance pour la conservation de ma ville d'Eauze, là où je ne puis donner d'autre modèle que le brave exemple de vous-même? Et tant qu'il vous souviendra du miracle de ma conservation, que daigna Dieu y opérer principalement par votre valeur et bonne résolution, ne pourrez oublier votre devoir. Par quoi vous prié-je de vous en souvenir chaque jour, pour l'amour de moi, qui m'en souviendrai toujours pour le reconnaître envers vous et les vôtres. Sur ce, n'ai autre exprès commandement à vous bailler que de faire très certain état de l'amitié

«Du bien vôtre Henry.»

Voici la dernière des lettres connues du roi de Navarre au baron de Batz. Elle est datée, non de 1587, comme l'a cru Berger de Xivrey, mais du mois de mars 1588, au moment où le roi, allant en Saintonge, quittait la Gascogne, où il ne revint jamais:

«Monsieur de Batz, je suis bien marri que ne soyez encore rétabli de votre blessure de Coutras, laquelle me fait véritablement plaie au cœur, et aussi de ne vous avoir pas trouvé à Nérac, d'où je pars demain, bien fâché que ce ne soit avec vous. Et bien me manquera mon Faucheur par le chemin où je vas; mais avant de quitter le pays, je vous le veux bien recommander. Je me défie de ceux de Saint-Justin. Vous m'avez bien purgé ceux d'Eauze, mais ceux de Cazères et de Barcelone sont de vilains remuants, et je n'ai nulle assurance au capitaine La Barthe, qui a par là une bonne troupe et qui m'a cependant juré son âme: beaucoup m'ont trahi vilainement, mais peu m'ont trompé. Celui-ci me trompera s'il ne me trahit bientôt. De plus, ces misérables que j'ai déchassés d'Aire tiennent les champs. De tout ce serai-je tout inquiet jusqu'à tant que je vous sache sur pied avec votre troupe, éclairant le pays. Mon ami, je vous laisse en mains ces affaires; et, quoique soit en vous ma plus sûre confiance pour ce pays, toutefois, vous aimerait bien mieux là où il va et près de lui,

«Votre affectionné ami, Henry.»

(Pages [133]-[134].)

[XIV.]

On lit, sur l'aventure d'Eauze, dans le livre premier de la Vie de Mornay: «Même se trouva (M. de Mornay) avec le roi de Navarre, au fait d'Eauze, non assez expliqué par ceux qui ont écrit l'histoire. Cette ville est du patrimoine de Navarre en Armagnac, en laquelle il pensait entrer avec toute sûreté; et, de fait, les magistrats lui étaient venus au-devant présenter les clefs avec les chaperons rouges. Entré néanmoins qu'il est, lui cinquième, un certain qui était en la tour de la porte laisse tomber la herse, criant en son langage: «Coupe le râteau, il y en a prou, le Roy y est (Coupo lo rastel, che prou n'y a, lo Re y es).» Tellement qu'il se trouva enfermé entre ce peuple, les mutins lui portant l'arquebuse à la poitrine. Et sans doute y eût été accablé, n'eût été que trois de ses gardes, qui étaient entrés à pied, se jetèrent dans une tour qui était sur la muraille, à la faveur de laquelle une autre porte fut ouverte à ceux qui étaient demeurés dehors. A peine ce prince fut-il en plus évident péril.»

Berger de Xivrey, dans ses notes, dit, à propos de la lettre royale qui nomme Manaud de Batz gouverneur de la ville d'Eauze et du pays d'Eauzan:

«Cette lettre à M. de Batz montre qu'il était un des quatre seigneurs qui accompagnaient le roi, et on doit conclure du passage des Economies royales, qui diffère peu de celui de Mornay, mais est plus circonstancié, que les deux autres étaient Rosny et Béthune.»