—Pour qu’on me fasse mettre à la porte par cette bande de fainéants en habits d’écrevisses. Pas de ça, Lisette. J’ai mon idée: rira bien qui rira le dernier!

En répétant ce proverbe, l’ouvrier fit entendre le ricanement sardonique qui lui servait habituellement de sourire.

—Lambernier, dit l’artiste d’un ton sérieux, on m’a déjà parlé de certains propos fort étranges que vous avez tenus ces jours derniers. Savez-vous qu’il y a dans la loi une peine pour ceux qui inventent des calomnies?

—Quand on prouve ce qu’on dit, est-ce une calomnie? répondit le menuisier avec assurance.

—Qu’est-ce que vous vous chargez de prouver? s’écria brusquement Marillac.

—Eh! tron de l’air! vous le savez bien: c’est que M. le baron... Il n’acheva pas; mais d’un geste grossier, en portant la main à sa tête, il acheva d’expliquer son idée.

—Vous prouverez cela?

—Devant la justice, s’il le faut.

—Devant la justice, cela ne vous rapporterait pas grand’chose; mais si vous voulez cesser vos propos, ne plus ouvrir la bouche de tout cela à qui que ce soit, et me donner à moi, à moi seul, vous entendez, la preuve dont vous parlez, je vous la paye dix napoléons.

Lambernier regarda fixement l’artiste avec un regard singulièrement pénétrant.