—Il vous en faut donc une de la ville et une de la campagne, une mariée et l’autre fille, dit-il d’un ton de brutale raillerie; cette pauvre demoiselle Reine sait-elle qu’elle fait la paire?
—Que voulez-vous dire?
—Oh! vous êtes plus malin que moi.
Les deux hommes se regardèrent en silence, en cherchant mutuellement à deviner leurs pensées, qu’ils ne comprirent cependant que très imparfaitement, mais qu’il est possible d’expliquer ici d’une manière plus claire.
—C’est encore un amoureux de Mme la baronne, pensa Lambernier avec l’insolence cynique de son caractère; si je lui dis ce que je sais, ma vengeance sera en bonne main, sans que j’aie besoin de m’exposer.
—Voilà un sournois qui m’a l’air diantrement fort en diplomatie, se dit de son côté Marillac; mais il est rancunier, et il faudra bien qu’il s’explique.
—Dix napoléons ne se trouvent pas dans le pas d’un cheval, reprit, après un silence assez long, le menuisier: dans une semaine, si vous voulez, vous me les compterez.
—Vous me prouverez... ce que vous m’avez dit, répondit Marillac avec quelque hésitation, et en rougissant malgré lui du rôle qu’il jouait en ce moment, et dont jusqu’alors il n’avait pas entrevu le côté reprochable et presque odieux.
—Bah! se dit-il en lui-même pour tranquilliser sa conscience, si ce coquin sait réellement quelque chose qui puisse la compromettre, il vaut mieux que ce soit moi qui achète ce secret que tout autre. Je n’en abuserai pas et je pourrai peut-être rendre service à cette femme. N’est-ce pas là le rôle d’un galant homme de se dévouer à la défense de la beauté imprudente et menacée?
—Je vous apporterai la preuve, je ne vends pas mes copeaux chat en poche, dit le menuisier.