Aux anges, le ciel ou l’enfer, car la terre est indigne d’eux.


XIV

DANS le combat qu’une femme soutient contre l’amour, il arrive presque toujours un moment où elle est obligée d’appeler le mensonge au secours du devoir. Mme de Bergenheim était entrée dans cette période redoutable pendant laquelle la vertu, doutant de ses propres forces, ne rougit pas d’emprunter des ressources à la tactique des passions les moins loyales. Au moment où Octave, en homme expérimenté, cherchait un auxiliaire dans la jalousie, elle méditait un plan de défense également fondé sur la ruse. La dérision conjugale, que tant de femmes pratiquent avec succès dans l’intérêt de leur dépravation, fut invoquée par elle comme l’unique refuge où elle pût s’abriter contre une passion que rien jusqu’alors n’avait découragée. Pour enlever à son amant toute espérance, elle affecta donc une tendresse subite pour son mari, et, malgré les remords secrets de son cœur, elle persista pendant deux jours dans ce rôle dont, pendant la nuit, ses larmes expiaient la fausseté. Christian accueillit la vertueuse coquetterie de sa femme avec l’empressement et la reconnaissance d’un mari sevré d’amour plus qu’il ne le désire. De son côté, à la vue de cette manœuvre perfide dont aussitôt il devina l’intention, Gerfaut éprouva un accès de fureur contre lequel son esprit, son sang-froid, sa rouerie même furent des préservatifs inefficaces, et qui n’attendit qu’une occasion pour éclater.