—Parbleu! votre ami du moins a le vin gai, dit le notaire à Gerfaut, tandis que voilà Bergenheim qui, sans avoir bu autant, à beaucoup près, a l’air d’assister à un enterrement. Je le croyais plus solide que cela.
La voix de Marillac, qui retentit plus éclatante que jamais, ne permit pas d’entendre la réponse d’Octave.
—C’est excessivement supercoquentieux. Ils ont tous bu comme des cochers de fiacre, et ils prétendent que c’est moi qui suis ivre. Eh bien, je vous mets tous au défi; qui est-ce qui veut raisonner avec moi? quidquid dixeris argumentabor, doctissime condiscipule. Voulez-vous discuter art, littérature, politique, médecine, musique, philosophie, archéologie, jurisprudence, magnétisme...
—Jurisprudence! cria d’une voix empâtée le procureur du roi, qui sortit à ce mot électrique de la torpeur où l’engourdissait depuis quelques instants le labeur de la digestion; parlons jurisprudence. Quelle est votre opinion sur le dernier arrêt de la cour de cassation?
—Voulez-vous, dit Marillac sans s’arrêter à cette interruption, que je vous improvise un discours sur la peine de mort ou sur la tempérance? voulez-vous que je raconte Robert-Macaire? voulez-vous que je vous fasse en cinq minutes le plan d’un drame en cinq actes? voulez-vous que je vous narre un conte?
—Un conte! dit une voix.
—Un conte! un conte! répétèrent en chœur la plupart des autres convives.
—Parlez, faites-vous servir; la vue n’en coûte rien, reprit l’artiste en se frottant les mains d’un air radieux. Voulez-vous un conte moyen âge? un conte Renaissance? un conte Pompadour? un conte actuel? un conte fantastique? oriental, drôlatique, physiologique, intime? Je vous préviens que ce qu’il y a de moins rococo, c’est le conte intime.
—Va pour le conte intime, dirent les mêmes voix.