Léonard se moucha derrière son chapeau, en orateur bien appris, et, se dandinant sur ses jambes d’une manière qui n’avait rien de bourbonien:

—C’est donc moi, dit-il, qui suis allé ce matin à la ville, rapport à ce que M. le baron avait dit hier au soir qu’il chasserait aujourd’hui, et que le piqueur était donc allé enceindre des marcassins au bois de la Corne. Je suis donc arrivé à Remiremont; je me suis donc présenté chez le boucher; j’ai donc acheté: 1o cinq kilogrammes d’habillé de soie.

—De la soie chez un boucher! s’écria Mme de Bergenheim.

—Je veux dire dix livres de ce que les gens sans éducation appellent un porc, reprit Rousselet, en prononçant ce dernier mot d’une voix étranglée.

—Passons ces détails, dit Mlle de Corandeuil. Vous êtes allé à la poste.

—Je suis donc allé à la poste, où j’ai jeté les lettres de mademoiselle, de madame, de M. le baron, et une de Mlle Aline pour M. d’Artigues.

—Aline écrit à son cousin! Saviez-vous cela? dit vivement la vieille demoiselle, en se tournant vers sa nièce.

—Mais oui; ils sont en correspondance réglée, répondit celle-ci avec un sourire qui semblait ajouter qu’elle y voyait peu de danger.

La prude vieille fille hocha la tête, en avançant la lèvre inférieure, pantomime qui disait clairement: Nous débrouillerons cet écheveau-là une autre fois.