XXIII
MADAME de Bergenheim voulut se lever, mais la force lui manqua; elle tomba à genoux et glissa aux pieds de son amant. Sans essayer de la soutenir, celui-ci s’élança du divan, franchit le corps étendu devant lui et tira son poignard.
Christian avait paru sur le seuil de la porte et y restait immobile. Il y eut un moment de silence grave et terrible. On n’entendait que les mugissements de l’orage qui semblait redoubler de violence comme pour prendre part à cette scène, et un bruissement vague, causé par le tressaillement nerveux de la jeune femme à demi évanouie. Elle se tordait sur le parquet et faisait crier sous ses doigts la soie du divan, en essayant de s’y appuyer; puis on n’entendit bientôt plus que les bruits du dehors, car elle perdit connaissance et resta couchée dans l’immobilité de la mort. Les yeux seuls des deux hommes parlaient: ceux du mari, fixes, pesants, implacables; ceux de l’amant, étincelant d’une audace désespérée.
Après un instant de cette mutuelle fascination, le baron fit un mouvement pour entrer.