—Plus près serait imprudent. A la chasse on ne se place pas à une moindre distance l’un de l’autre. D’ailleurs, cinquante pas, au fusil, c’est moins que quinze au pistolet. Ce premier point est donc réglé.—Nous resterons couverts, quoique ce ne soit pas l’usage. Une balle peut frapper la tête à l’endroit de la casquette, et si celle-ci n’était pas percée du coup, cela ferait naître des soupçons, car à la chasse on ne demeure pas tête nue.

Bergenheim continua de la sorte à entrer dans une foule de détails attestant la prévision singulière avec laquelle il avait calculé les moindres incidents possibles dans un événement de cette espèce. Octave ne put s’empêcher d’éprouver un sentiment d’admiration à la vue de cette passion impassible et lucide à force d’énergie, et jouant avec des apprêts de mort comme une jeune fille avec les fleurs qui doivent parer sa tête un jour de bal. Il trouva son amour-propre engagé à se maintenir à la hauteur de ce dédain de la vie, et il se mit à discuter article par article les propositions de son antagoniste avec un calme égal au sang-froid de ce dernier.

—Il nous reste, dit Christian, à savoir qui fera feu le premier.

—Vous assurément; vous êtes l’offensé.

—Vous ne convenez pas entièrement de l’offense; elle est donc en question, et je ne puis être à la fois juge et partie. Nous devons nous en rapporter au sort.

—Je vous déclare que je ne tirerai pas le premier, interrompit vivement Gerfaut.

—Songez que c’est un duel à mort et que de pareilles délicatesses sont puériles.—Convenons que celui qui aura l’avantage du coup se placera sur la lisière du bois et attendra le signal que l’autre devra donner lorsque les sangliers franchiront l’enceinte.

Il prit dans sa bourse une pièce de monnaie et la jeta en l’air.