—Écoutez-moi, monsieur, continua Gerfaut avec une grande émotion; quand je vous dis: elle n’est pas coupable, vous ne me croyez pas, et je désespère de vous persuader, car je comprends votre défiance. Pourtant ce mot sera le dernier qui sortira de ma bouche, et vous savez qu’on peut croire aux paroles d’un mourant. Si demain vous êtes vengé de moi, je vous en supplie, que cette expiation vous suffise.—Vous voyez, je ne rougis pas de vous prier; je vous demanderais cela à genoux.—Soyez humain pour elle; épargnez-la... Ce n’est pas son pardon que j’implore de vous, c’est pitié pour son innocence... Traitez-la doucement... honorablement... Ne la rendez pas trop malheureuse...
Il s’arrêta, car la voix lui manquait, et il sentait des pleurs dans ses yeux.
—Je sais ce que je dois faire, répondit le baron avec un accent aussi dur que celui de Gerfaut avait été attendri; je suis son mari et je ne reconnais à personne, à vous moins qu’à tout autre, le droit de s’interposer entre elle et moi.
—Je prévois le sort que vous lui réservez, repartit l’amant avec une indignation contenue; vous ne verserez pas son sang, car cela serait imprudent: que deviendrait votre honneur? Mais vous la tuerez lentement; vous la ferez mourir tous les jours d’une mort nouvelle, pour satisfaire votre besoin d’aveugle vengeance. Vous êtes homme à méditer chaque détail de sa torture avec autant de calme que vous venez d’en montrer pour régler les arrangements de notre duel.
Au lieu de répondre, Bergenheim alluma une bougie, comme pour mettre fin à cette discussion.
—A demain, monsieur, dit-il d’un ton glacial.
—Un moment, s’écria Gerfaut en se levant; vous me refusez donc un mot qui me rassure sur le sort d’une femme que mon amour a perdue.
—Je n’ai rien à vous répondre.
—Eh bien, alors, c’est à moi de la protéger, et je le ferai malgré vous et contre vous.
—Pas un mot de plus, interrompit violemment le baron.