Clémence frissonna de tous ses membres à ces paroles dont l’accent n’avait pourtant rien de dur. Sans répondre, elle obéit avec une docilité machinale; mais, à peine levée, elle fut obligée de s’appuyer contre le lit, car ses jambes tremblantes étaient hors d’état de la soutenir.
—N’ayez pas peur de moi, lui dit Bergenheim en s’éloignant de quelques pas; ma présence ici n’a rien qui doive vous effrayer. Je veux seulement qu’on sache que j’ai passé la nuit dans votre chambre, car il est possible que mon retour éveille quelques soupçons. Vous pensez bien que notre tendresse n’est qu’une comédie à l’usage de nos domestiques.
Il y avait dans la légèreté affectée de ces expressions un sarcasme dont la jeune femme se sentit déchirée jusqu’au fond de l’âme. Elle s’attendait à une explosion de fureur, mais non à ce mépris paisible. Son orgueil révolté lui rendit un accès de courage.
—Je ne mérite pas que vous me traitiez ainsi, dit-elle; ne me condamnez pas sans m’entendre.
—Je ne vous demande rien, répondit Christian qui se rassit près de la cheminée; déshabillez-vous et dormez si cela vous est possible. Il est inutile que Justine fasse demain des commentaires sur vos vêtements de nuit ou sur l’altération de vos traits.
Au lieu d’obéir cette fois, elle le suivit et essaya de rester debout pour lui parler; mais son émotion lui en ôta la force. Elle fut obligée de s’asseoir.
—Vous me traitez trop mal, Christian, dit-elle lorsqu’elle eut réussi à affermir sa voix. Je ne suis pas coupable... pas autant que vous le pensez, reprit-elle en baissant la tête.
Il la regarda un instant attentivement et répondit ensuite sans que sa voix trahît la plus légère émotion:
—Vous devez penser que mon plus grand désir est d’être persuadé par vous. Je sais que souvent les apparences sont trompeuses; peut-être réussirez-vous à m’expliquer ce qui s’est passé cette nuit; je suis donc encore disposé à croire à votre parole. Jurez-moi que vous n’aimez pas M. de Gerfaut.
—Je le jure, dit-elle d’une voix faible, sans lever les yeux.