XXIV

EN sortant de son évanouissement, Mme de Bergenheim resta plongée pendant quelque temps dans une torpeur qui ne lui laissa percevoir que d’une manière fort confuse ses propres sensations. D’un premier regard elle entrevit vaguement les rideaux de son lit sur lequel elle était étendue et, croyant d’abord s’éveiller d’un sommeil ordinaire, elle essaya de se rendormir. Peu à peu quelques pensées s’illuminèrent dans les ténèbres de son esprit. Éveillée à demi à son malheur, elle rouvrit les yeux et s’aperçut qu’elle était couchée tout habillée; en même temps sa chambre lui parut éclairée par une lueur plus vive que celle de la veilleuse qui y brûlait ordinairement pendant la nuit. Entre les rideaux à demi fermés, elle aperçut une ombre gigantesque se reflétant jusqu’au plafond sur la boiserie en face du lit. Elle se souleva et vit distinctement un homme assis à l’angle de la cheminée. En reconnaissant son mari, Clémence retomba sur l’oreiller, glacée de terreur. Alors elle se rappela tout, et la scène du boudoir se retraça à son esprit dans ses moindres détails. Elle se sentit près de s’évanouir une seconde fois en entendant le bruit des pas de Christian qui faisaient crier le parquet, quoiqu’il marchât avec précaution. Par un instinct puéril, elle resta les yeux fermés, espérant qu’il la croirait endormie; mais sa respiration entrecoupée trahissait son agitation et son effroi.

Le baron la regarda un instant en silence et ouvrit ensuite les rideaux.

—Vous ne pouvez passer la nuit ainsi, dit-il; il est près de trois heures. Il faut vous coucher comme à l’ordinaire.