Stupendo! s’écria Marillac après avoir fait deux pas en arrière, et il resta immobile comme une statue.

Sans perdre de temps en explications superflues, son ami lui raconta brièvement les événements de la nuit.

—Maintenant, dit-il, j’ai besoin de toi; puis-je compter sur ton amitié?

—A la vie et à la mort! répondit Marillac; et il lui serra la main avec l’émotion que le plus brave éprouve à l’approche du danger dont est menacée une personne qui lui est chère.

—Ceci, reprit Gerfaut en lui remettant un des papiers qu’il tenait, est une note pour toi; tu y trouveras mes instructions détaillées; elle te servira de guide selon les circonstances.—Ce papier cacheté sera déposé par toi au parquet de la cour royale de Nancy, dans le cas prévu et expliqué par la note que je viens de te donner.—Enfin, cette feuille-ci est mon testament. Je n’ai pas de parent à un degré très proche; c’est toi que je fais mon héritier.

—Que je sois académicien si j’accepte ta succession! interrompit l’artiste d’une voix mal assurée, et il détourna la tête pour cacher un accès de sensibilité déplacé, selon lui, dans une circonstance aussi sérieuse.

—Écoute-moi; je ne connais pas de plus honnête homme que toi, et c’est pour cela que je te choisis. Avant tout, ce legs est un fidéicommis. Je te parle en ce moment dans la supposition d’événements qui, très probablement, n’arriveront jamais; mais enfin je dois tout prévoir. J’ignore les conséquences que ceci peut avoir sur le sort de Clémence; sa tante, qui est très austère, peut se brouiller avec elle et la priver de sa succession; sa fortune personnelle n’est pas, je crois, considérable, et je ne connais pas les clauses de son contrat de mariage. Elle peut donc se trouver tout à fait à la merci de son mari, et c’est ce que je ne saurais souffrir. Ma fortune est donc un dépôt que tu tiendras en tout temps à sa disposition. J’espère qu’elle m’aime assez pour ne pas refuser un service dont ma mort aura détruit l’inconvenance.

—A la bonne heure! dit Marillac; je t’avouerai que l’idée d’hériter de toi me serrait le cou comme un nœud coulant.

—Je te prie, cependant, d’accepter mes droits d’auteur.—Tu ne peux refuser cela, continua Gerfaut avec un demi-sourire; ce legs rentre dans le domaine de l’art. A qui veux-tu que je le laisse si ce n’est à toi, mon Patrocle, mon fidèle collaborateur.