—Vous avez raison, répondit Octave, et vous joignez l’exemple au conseil. J’admire votre sang-froid, mais je désespère d’y atteindre.
—Il faut les rejoindre et causer avec eux, reprit Christian. Après l’événement, nos moindres gestes seront commentés si l’on a quelque soupçon. Songez que l’honneur de cette femme dépend de notre prudence.
Il mit sa monture au trot; Gerfaut suivit cet exemple en étouffant un soupir et après avoir lancé un dernier regard du côté du château. Ils eurent bientôt rejoint le char sur lequel cheminait une partie des chasseurs, et que M. de Camier conduisait avec l’aplomb d’un cocher de profession.
—Bonne nouvelle, messieurs! dit Bergenheim en maintenant son cheval à la hauteur de la voiture. Le vicomte s’engage à faire une pièce de vers en l’honneur de celui qui tuera le sanglier. N’est-il pas vrai, Gerfaut?
—Certainement, répondit celui-ci du même ton; et j’ai dans l’idée que vous en serez le héros.
—Vous en êtes parbleu bien capable, baron, dit le vieux gentilhomme en relevant le collet de sa blouse pour garantir ses oreilles d’une bise assez piquante; j’aurais parié que vous ne résisteriez pas à la tentation et que cette partie de chasse tordrait le cou à votre voyage d’Épinal.
—Vous êtes peu galant aujourd’hui, interrompit le procureur du roi, assis à sa gauche; vous ne songez pas que notre hôte avait, pour hâter son retour, des raisons plus attrayantes que tous les sangliers des Vosges.
—Parbleu, il ne me viendrait jamais à l’esprit d’établir l’ombre d’une comparaison entre Mme de Bergenheim et un sanglier, reprit M. de Camier, peu disposé à recevoir une leçon d’amabilité de son voisin; je suis l’adorateur trop déclaré de notre belle baronne. Vous permettez, Bergenheim; à mon âge, c’est sans conséquence. C’est qu’il est incontestable que vous avez une jolie et aimable femme.
—Enchanteresse! ajouta le procureur du roi avec une sorte d’exaltation.
—Mme la baronne est la perle de nos prairies, observa un homme de peu d’esprit assis sur le second banc.