—Et vous pouvez vous vanter d’être un heureux mari, continua le gros campagnard.
—Je le pense comme vous, répondit Christian d’un ton naturel; je suis entièrement de votre avis.
—Est-ce là un phénomène? s’écria M. de Camier, un mari satisfait de son état. Vous avez eu diantrement de bonheur de réussir ainsi; car enfin le mariage est une loterie où les numéros gagnants sont un peu rares: une bonne femme, c’est un quaterne.
—Une anguille dans un sac de vipères, reprit l’homme de peu d’esprit, d’un air de componction propre à faire supposer qu’il n’avait pas choisi l’anguille et que sa vipère l’avait mordu.
—Messieurs, vous jugez les femmes trop sévèrement, observa Gerfaut en faisant un effort pour prendre part à la conversation.
—Bravo! vicomte, dit Bergenheim; je suis bien aise de vous savoir dans ces bons sentiments. Vous verrez que nous vous marierons un de ces jours et que nous vous trouverons aussi un gentil quaterne.
M. de Camier poussa son voisin du coude.
—Je parierais, dit-il à demi-voix, que notre hôte a une idée sur le vicomte pour Mlle Aline. Remarquez-vous comme il le choie? Elle a de la fortune, la petite sœur.
—Et lui, pensez-vous qu’il soit riche? répondit le magistrat du même ton.