Dès qu’ils furent hors de vue, Clémence entra dans sa chambre, prit un châle sur son lit et descendit rapidement aux jardins par un escalier dérobé.
IV
L’APPARTEMENT de Mme de Bergenheim occupait le premier étage d’une des ailes du château, du côté du couchant. Au rez-de-chaussée se trouvaient la bibliothèque, une salle de bain et quelques chambres sans destination actuelle. Les fenêtres, agrandies et régularisées, avaient un aspect moderne, mis en harmonie avec le reste du bâtiment au moyen d’un badigeon grisâtre. Au pied de cette façade, une pelouse, entourée de massifs et couverte d’orangers en caisse, formait une sorte de jardin anglais, sanctuaire de verdure réservé à la maîtresse du château, et qui lui apportait en tribut chaque matin le parfum de ses fleurs et la fraîcheur de ses ombrages. A travers les cimes des sapins et le feuillage de quelques tulipiers dominant les groupes d’arbustes, l’œil pouvait suivre les méandres de la rivière qui disparaissaient enfin dans le haut du vallon. C’était cette vue pittoresque et d’un horizon plus ouvert que celui des autres perspectives qui avait décidé la baronne à choisir pour sa demeure particulière cette partie du gothique manoir.