Ce fut en continuant sa plaisanterie d’un ton plus doux que Mme de Bergenheim reprit:

—Cette fois, au lieu de se loger dans une cabane, le dieu des vers est descendu au cabaret. N’est-ce pas à la Fauconnerie que vous avez établi votre quartier général?

—Comment savez-vous cela? dit-il.

—Par le singulier billet de visite que vous avez écrit dans la Mode. Ne connais-je pas les armes de votre cachet? Armes parlantes, comme dirait ma tante.

A ces mots, qui faisaient probablement allusion à des lettres lues sans trop de colère, puisqu’on en rappelait le souvenir, Gerfaut reprit courage.

—Oui, répondit-il, je suis logé à la Fauconnerie; mais je n’y puis rester, car je crois que les domestiques de votre château font de cette auberge leur maison de plaisance. Il me faut donc prendre un parti. J’en ai deux à vous soumettre: le premier, c’est que vous me permettiez de vous voir ici quelquefois; il y a des promenades variées; vous sortez seule, cela est donc très facile.

—Voyons le second parti, dit Clémence, en haussant les épaules.

—Si vous ne voulez pas m’accorder ma première demande, je vous conjure de persuader à votre tante qu’elle est malade, et de la mener avec vous à Plombières ou à Bade. La saison n’est pas très avancée, et là, du moins, je pourrais vous voir.

—Finissons ces folies, répondit la jeune femme; je vous ai écouté avec patience, à votre tour, écoutez-moi. Vous serez raisonnable, n’est-il pas vrai? Vous allez me quitter et partir. Vous irez en Suisse, vous retournerez au Montauvert, où vous m’avez vue pour la première fois, et dont je n’oublierai jamais le souvenir, si vous-même ne cherchez pas à me le rendre amer. N’est-ce pas, Octave, vous m’allez obéir? Donnez-moi cette preuve de votre estime, de votre amitié. Vous sentez bien qu’accorder ce que vous me demandez est une chose impossible; croyez qu’il m’en coûte de vous refuser.—Ainsi, dites-moi adieu; et cet hiver, à Paris, vous me reverrez. Adieu!