—Je vous ai déjà priée, mademoiselle Reine, de ne pas faire ainsi la bouche en cœur; cela vous donne un air Watteau, radicalement bourgeois.
—Quel air est-ce que cela me donne? répondit Mlle Gobillot avec inquiétude.
—L’air Watteau, Régence, Pompadour, comme il vous plaira. Vous avez la bouche grande, et il faut lui laisser, s’il vous plaît, son chic naturel.
—J’ai la bouche grande, moi? s’écria Reine rougissant de dépit; comme c’est poli pour un monsieur de Paris!
Et elle se pinça les lèvres au point de les réduire à la dimension d’une cerise de Montmorency.
—Défaites-vous donc, Reine de mon cœur, de cette manière épicière de juger l’art. Apprenez que rien n’est plus régalant qu’une grande bouche. Nargue des bouches, bouton de rose; enfoncé!
Nargue des vents et de l’orage,
Quand dans ma main
Mon verre est plein.
—Si c’est la mode! murmura d’un ton radouci la Reine des cœurs, et elle déploya horizontalement les richesses de deux lèvres vermeilles qui auraient pu s’étendre d’une oreille à l’autre pour peu qu’elle eût insisté, comme allait, si l’on en croit le médisant Bussy-Rabutin, le bec amoureux de Mlle de La Vallière.