—C’est là ce que j’appelle un vilain château; ça ne vaut pas nos bastides de Marseille.

L’étranger se retourna vivement et se trouva en face d’un homme coiffé d’un chapeau gris, qui portait sa veste sur l’épaule droite, selon l’usage des ouvriers du Midi, et tenait à la main un bâton noueux récemment coupé; ce nouveau personnage avait le teint basané, les traits durs, et des yeux enfoncés dans leurs orbites, qui donnaient à sa physionomie une expression fausse et méchante.

—J’ai dit un vilain château, reprit-il. Au reste, la cage est faite pour l’oiseau.

—Il paraît que vous n’en aimez pas le maître? demanda le voyageur.

—Le maître! répéta l’ouvrier en serrant son bâton d’un air de menace; M. le baron de Bergenheim, comme ils disent! C’est un riche et un noble, et moi, je ne suis qu’un pauvre diable de menuisier. Eh bien, si vous restez ici quelques jours, vous verrez une drôle de cérémonie; je lui ferai se manger les poings à ce brigand-là.

—Brigand! s’écria l’étranger surpris. Que vous a-t-il donc fait?

—Oui, brigand! vous pouvez le lui dire de ma part. Mais à propos, continua l’ouvrier en toisant son interlocuteur de la tête aux pieds d’un air scrutateur et défiant, êtes-vous par hasard le menuisier qui doit venir de Strasbourg? En ce cas, j’aurais deux mots à vous dire. Lambernier ne souffre pas qu’on lui mange sa soupe sur sa tête, entendez-vous?

Le jeune homme parut peu ému de cette provocation.

—Je ne suis pas menuisier, dit-il en souriant, et je n’ai nulle envie de votre soupe.

—En effet, vous ne m’avez pas l’air d’avoir souvent poussé le rabot. Il paraît que dans votre état on ne se martyrise pas les mains. Vous êtes ouvrier, comme moi je suis pape.