—Ici, Lambernier! s’écria-t-il.
A cet appel impératif, le menuisier hésita un instant entre l’émotion dont il ne pouvait se défendre et la honte de fuir devant un homme seul, en présence d’un témoin; à la fin ce dernier sentiment l’emporta. Il revint sans dire un mot jusqu’au bord du chemin, où il se posa d’une manière assez insolente en face du baron, le chapeau enfoncé sur l’oreille, et serrant par précaution le bâton noueux qui lui servait d’arme.
—Lambernier, reprit le maître du château d’un ton sévère, votre compte a été réglé hier; n’a-t-il pas été acquitté intégralement? Vous est-il redû quelque chose?
—Je ne vous demande rien, répondit brusquement l’ouvrier.
—Dans ce cas, pourquoi venez-vous rôder autour du château malgré ma défense?
—Je suis sur le chemin de la commune, personne ne m’empêchera d’y passer.
—Vous êtes sur mon chemin et vous sortez de mon bois, répondit le baron, insistant sur ces paroles avec la fermeté d’un homme qui ne souffre aucune atteinte à ses droits de propriété.
—La terre où je marche est à moi, dit à son tour l’ouvrier, qui du bout de son bâton frappa du sol le chemin comme pour en prendre possession. Ce geste attira l’attention de Bergenheim, dont les yeux s’allumèrent soudain à la vue de la branche noueuse que tenait son interlocuteur.
—Drôle, s’écria-t-il, tu regardes sans doute aussi mes arbres comme à toi? Où as-tu coupé ce hêtre?
—Vas-y voir, répondit Lambernier, en accompagnant cette réponse grossière d’un tour de moulinet.