Ce fut le dernier coup de fusil de cette escarmouche préliminaire.


IX

CERTAINES femmes sont semblables à cet héroïque curé Mérino, à qui suffit, dit-on, une heure de sommeil. Un organisme, souple, irritable, nerveux, leur donne une puissance de veille interdite à la plupart des hommes. Lorsqu’une forte émotion infiltre ses eaux corrosives dans les filons de ces cœurs impressionnables, elle y distille goutte à goutte, jusqu’à ce qu’elle ait creusé au fond de leurs abîmes un lac plein de troubles et d’orages; lorsque le martellement d’une passion a frappé le timbre qui attend toujours sous ces fronts gracieux, une vibration infinie descend et se prolonge à travers leurs replis les plus intimes, en électrisant sur son passage d’innombrables pensées, sylphes au léger sommeil, et prompts au signal qui les appelle. Alors, dans le silence des nuits et dans le calme de la solitude, d’étranges insomnies pâlissent les joues de rose et cernent d’un cercle de bistre les yeux de diamant. En vain le front qui brûle cherche la fraîcheur du blanc oreiller; l’oreiller s’échauffe sans que le front tiédisse. En vain la main comprime les battements d’un cœur que gonfle une vie trop active; sous la pression qui les veut étouffer, les pulsations deviennent celles de l’anévrisme. En vain l’esprit recherche ces idées assoupissantes, sorte de pavots intellectuels qui amènent la nuit paisible; une pensée tenace revient toujours en chassant toutes les autres, comme un aigle disperse une troupe d’oiseaux timides pour rester seul maître de sa proie. Et l’on essaye machinalement la prière accoutumée, et l’on se met sous l’invocation de la Vierge patronne, et l’on évoque le bon ange qui veille au pied du lit des jeunes filles pour en éloigner les séductions du tentateur. Mais la prière n’est que sur les lèvres, la Vierge est sourde, l’ange dort! Le souffle de la passion, contre laquelle on se débat, court sur toutes les fibres de l’âme comme l’orage sur les cordes de la harpe éolienne, et en arrache convulsivement ces magiques harmonies qu’une pauvre femme écoute avec trouble, avec frayeur, avec remords, avec désespoir; mais qu’elle écoute, et dont elle s’enivre à la fin, car l’allégorie d’Ève est un mythe immortel qui traverse tous les siècles, sans cesse reflété par ses filles les plus nobles, les plus choisies, les plus adorables.