X

CE soir-là, Gerfaut, rentrant dans sa chambre, prit à peine le temps de poser sur la cheminée le bougeoir qu’il tenait à la main. Tirant d’une poche de son gilet un papier réduit à une dimension microscopique, il le porta passionnément à ses lèvres avant de l’ouvrir; ses yeux tombèrent d’abord sur la queue menaçante du mot final; ce mot était: Adieu!

—Hum! fit l’amant, dont l’exaltation fut sensiblement refroidie à cette vue.

Il lut l’ensemble d’un seul coup d’œil, s’élançant au point culminant de chaque phrase, comme un chamois bondit aux saillies des rochers; il recommença ensuite en épelant les syllabes lettre par lettre; il pesa le sens naturel et le sens mystique des moindres expressions, comme un rabbin qui commente la Bible, et déchiffra les ratures avec la patience d’un dévorateur d’hiéroglyphes, afin d’arracher à leurs barres mystérieuses quelque lambeau de l’idée qu’elles retraçaient. Après avoir ainsi pressé, analysé, disséqué ce joli billet dans ses plus subtiles intentions, dans ses nuances les plus imperceptibles, il le froissa dans sa main et se mit à marcher à grands pas dans la chambre, en faisant entendre de temps en temps quelques-unes de ces exclamations auxquelles le Dictionnaire de l’Académie n’a pas encore donné droit de bourgeoisie; car tous les amants ressemblent aux lazzaroni qui baisent les pieds de san Gennaro quand il se conduit bien, mais qui l’appellent briconne et furfantone dès qu’ils croient avoir à se plaindre de lui, et le menacent alors de le traîner à la mer la corde au cou. D’ailleurs, les femmes sont très bonnes; elles excusent presque toujours les pierres que la colère d’un amant jette à leur statue, et disent volontiers, avec l’indulgent sourire de l’empereur romain: «Je ne suis pas blessée!»

Au milieu de ce paroxysme de fureur amoureuse, deux ou trois coups retentirent derrière la boiserie.

—Est-ce que tu composes? demanda une voix semblable à celle d’un ventriloque; j’en suis.