Croquis de l’auteur.
Chemin facile. Beaucoup de monde. J’ai traversé l’Ouad Dâdes ; il n’est pas franchissable en tous points, mais seulement en certains endroits où il présente des gués ; à celui où je l’ai passé, il avait 20 mètres de large sur 80 à 90 centimètres de profondeur ; courant très rapide. Des qçars que j’ai rencontrés, deux ont attiré mon attention : celui d’Aït Bou Ạmran (entre Azdag et Taourirt), où se voit une belle qoubba, et celui d’Imzouṛ, remarquable par l’étendue des cinq ou six groupes qui le forment et par l’importance de sa population.
Au Mezgîṭa, dans le district d’Aït Seddrât, dans celui d’Aït Iaḥia, les vêtements des Musulmans sont les suivants : khenîfs, bernous de poil de chèvre bruns ou gris, ces derniers rayés de fines bandes blanches et noires, ḥaïks blancs et bruns ; tête nue ou ceinte, mais non couverte, de petits turbans blancs ou noirs ; les femmes riches sont vêtues de khent, les pauvres de laine blanche ou brune. Dans le Dâdes, les costumes des femmes restent les mêmes ; ceux des hommes sont, soit le khenîf, soit un long bernous de laine teinte, noir ou bleu foncé. Depuis Tazenakht, les armes demeurent uniformes : long fusil à crosse étroite et poignard recourbé. L’équipement offre une variation : à partir du district d’Aït Seddrât (Dra), la corne à poudre disparaît et se remplace par une petite gibecière de maroquin rouge couverte de broderies de soie ; elle se suspend au côté gauche par une bretelle de cuir : cet objet gracieux est d’un usage universel dans la région que je traverse, depuis les Aït Seddrât du Dra jusqu’à Qçâbi ech Cheurfa.
Il y avait aujourd’hui marché à Imzouṛ, près de Tiilit. J’en ai profité pour faire chercher, parmi les Aït Seddrât qui s’y trouvaient, un zeṭaṭ sûr, qui me menât au Todṛa. On en a choisi un ; l’arrangement a été conclu avec lui ; il a été fait en forme, devant le ṭaleb présent au marché : celui-ci a dressé un acte en partie double constatant que le Seddrâti un tel s’engageait, moyennant une somme de 15 francs, payable à l’arrivée, à me conduire au Todṛa ; il serait responsable de tout dommage qui me serait fait durant le trajet et, au cas où je ne parviendrais pas à destination, devrait à la communauté juive de Tiilit une indemnité de 5000 francs. Ces formalités sont employées dans diverses régions du Sahara, surtout chez les Berâber et les Aït Seddrât ; dans ces deux tribus, il est rare qu’un Israélite se mette en route sans s’être, par un acte de ce genre, mis en sûreté contre son zeṭaṭ. Cela ne se fait pas entre Musulmans. Cette différence vient de ce que partout un homme serait déshonoré s’il avait violé l’engagement pris avec un autre Mahométan, et profité de sa confiance pour l’assassiner ; au contraire, dans certaines tribus, comme celle où je suis, qu’un Musulman promette à un Juif de l’escorter et de le protéger et que, chemin faisant, il le pille et le tue, ce sera regardé comme une peccadille ou comme un bon tour. Aussi prend-on des précautions spéciales.
24 avril.
Départ à 9 heures du matin. Je me mets en route avec mon zeṭaṭ pour gagner le qçar qu’il habite. J’y passerai la nuit, et demain matin on partira pour le Todṛa. Je remonte l’Ouad Dâdes, dont les bords demeurent ce que je les ai vus : mêmes cultures, mêmes cordons continus de qçars. La largeur de la vallée, qui jusqu’ici n’avait pas varié d’une manière sensible, diminue peu à peu : elle avait 1000 mètres à Tiilit ; elle en a 600 à Khemîs S. Bou Iaḥia, 300 à Aït Iidir. A mesure qu’on avance, les arbres, noyers et figuiers, augmentent. Les flancs subissent à Tiilit une brusque transformation. Jusque-là c’étaient le Saṛro à gauche, une plaine à droite ; aujourd’hui ce seront, durant toute la marche, à droite des côtes assez hautes, à gauche une plaine dépassant à peine le niveau de la vallée, la plaine d’Anbed.
A 1 heure, j’arrive à Aït Iidir, qçar du haut Dâdes, résidence de mon zeṭaṭ. Je traverse là l’Ouad Dâdes ; il coule en deux bras, l’un de 12 mètres, l’autre de 20 mètres, d’une profondeur égale d’environ 60 centimètres ; courant très rapide.
[93]Le taqqaïout se trouve en abondance dans plusieurs oasis, et surtout dans celles des bassins du Dra et du Ziz. C’est un arbre atteignant d’assez fortes dimensions et ayant, par son feuillage et sa fleur, beaucoup d’analogie avec le tamarix ; le fruit en sert à la teinture des belles peaux qu’on prépare si bien dans le Sahara Marocain. J’ai toujours entendu appeler l’arbre, comme le fruit, taqqaïout. D’après des renseignements que m’a communiqués M. Pilard, ce serait un abus : selon lui, le vrai nom de l’arbre est ạbda, et en quelques points telaïa ; le fruit seul s’appellerait taqqaïout, ou mieux teggaout.
[94]Au pluriel, on dit igedman.