Mrabtin Hamirin, marabouts campant non loin des précédents, dans les mêmes collines de Soussia.

Ainsi que nous l’avons dit en parlant des mạders, l’Ouad Dra est presque toujours à sec dans son cours inférieur : certaines années seulement, ses eaux dépassent El Mḥamid et s’écoulent jusqu’à la mer ; encore cette crue ne dure-t-elle que quelques jours. En dehors de ces rares périodes, il n’a point d’eau, sauf le peu que lui apportent en temps de pluie ses principaux affluents. Son lit est, dans cette portion, presque partout sablonneux : ce fond, lorsqu’il est arrosé, devient très fertile : il produit une végétation abondante et, si on l’ensemence, de superbes récoltes. Ces parties cultivables du Dra sont, d’abord, le Debạïa ; puis, plus bas, différents tronçons portant le nom de mạder. Le Debạïa et les mạders sont seuls labourables dans le Dra inférieur : le reste est stérile.

Le DEBAIA. — Le Debạïa est une plaine de sable, longue de 2 jours de marche et large de 1 jour 1/2. L’Ouad Dra passe au milieu, la traversant dans sa longueur. Une partie de cette plaine se cultive chaque année : les tribus voisines s’en sont partagé les terres ; tous les automnes, elles viennent y passer deux ou trois semaines, arrosent au moyen de canaux dérivés du Dra, et labourent ce qu’elles peuvent. Si l’année est pluvieuse et la crue forte, les eaux du fleuve couvrent tout le Debạïa durant plusieurs jours : sinon, les canaux seuls s’emplissent : enfin, s’il a fait très sec, l’eau manque entièrement et la semence est perdue. Les tribus qui cultivent dans le Debạïa sont : les Ạrib, les Aït Ạlouan (Aït Atta), les Khsa (Oulad Iaḥia), les Oulad Chaouf (Oulad Iaḥia), les Nesasda (Oulad Iaḥia), les Aït Ạbd en Nebi, les Oulad Sidi Ạmer, les Mrabṭîn Ḥamirin.

Le Debạïa a son extrémité orientale à hauteur de Zạïr.

Les MADER. — Il y a une grande différence entre le Debạïa et les mạders : le premier est une plaine traversée par le Dra, les seconds sont le lit même du fleuve ; l’un est arrosé par les eaux propres du Dra, les autres ne le sont habituellement que par celles de ses affluents ; le Dra forme celui-là, les rivières qui s’y jettent produisent ceux-ci. Le Debạïa est situé de telle façon qu’il reçoit tout l’excédant des eaux du Dra. Les mạders sont chacun au confluent d’un tributaire du fleuve et se fertilisent du surplus de leurs eaux. Point de cours d’eau important se jetant dans le Dra qui n’y forme un mạder ; point de mạder qui ait une origine différente. Plus la rivière est forte, plus la portion arrosée est considérable, plus le mạder est grand. Ces différents mạders sont séparés entre eux et du Debạïa par des portions stériles ; parfois, dans les grands mạders, les cultures sont entrecoupées de courts tronçons impropres au labourage.

Nous n’avons plus à décrire les mạders, auxquels nous avons fait une visite racontée plus haut : les eaux du haut Dra, arrêtées au Debạïa, y viennent rarement : on ne compte point sur elles pour la récolte, la terre s’arrosant assez par l’eau qu’y déversent les rivières qui les forment. On y cultive de l’orge, un peu de blé et du maïs. Ce dernier devient d’une taille prodigieuse : les tiges en sont, dit-on, plus hautes qu’un cavalier monté ; les épis en ont près d’une coudée de long. Les années 1878, 1879, 1880, on a cultivé les mạders ; on ne l’a point fait en 1881 ni en 1882 : on n’ensemence que quand des nuages apparaissent en automne, donnant l’espoir d’un hiver pluvieux, non qu’on ait besoin de pluie dans les mạders mêmes, mais il faut qu’il en tombe dans la montagne pour remplir les rivières qui les arrosent.

Il y a six mạders : le Mạder Ida ou Blal, le Mạder Tatta, le Mạder Aqqa, le Mạder Tizgi, le Mạder Icht, le Mạder Imi Ougadir ; ces mạders sont séparés entre eux par des portions stériles plus ou moins longues. Le premier est arrosé par les ouads Zgiḍ et Kheneg eṭ Ṭeurfa, les cinq derniers par les rivières qui leur ont donné à chacun leur nom. Les Ida ou Blal et les habitants de Tisint labourent le Mạder Ida ou Blal ; les Ida ou Blal, les gens de Tatta et les Aït ou Mrîbeṭ, le Mạder Tatta ; les Aït ou Mrîbeṭ et les gens d’Aqqa, le Mạder Aqqa ; les Aït ou Mrîbeṭ et les gens des oasis voisines, les trois derniers. Dans le Mạder Ida ou Blal, le terrain est imprégné de sel ; l’eau, quand il y en a, est salée ; si l’on creuse des puits, c’est de l’eau salée qu’on trouve. Le meilleur des six mạders, comme terrain, est le Mạder Aqqa ; le plus vaste de beaucoup est le Mạder Ida ou Blal. Ce dernier se divise en plusieurs portions ayant des noms distincts et séparées entre elles par de courts espaces stériles : voici ces portions dans l’ordre où elles se présentent lorsqu’on descend le fleuve :

Zbar[114]

entre eux est un espace stérile long comme la distance de Tisint à Aqqa Iṛen.
Zouaïa

entre eux est un espace stérile long comme la distance de Tisint à Aqqa Igiren.
Bou Ḥalg

entre eux est un espace stérile long comme la distance de Tisint à Trit.
Tingaï

entre eux est un espace stérile long comme la distance de Tisint à Trit.
Steïla

entre eux est un espace stérile long comme la distance de Qaçba el Djouạ à Trit.
Djemạ

entre eux est un espace stérile long comme la distance de Qaçba el Djouạ à Tisint.
Bel Lebḥan

entre eux est un espace stérile long comme la distance de Qaçba el Djouạ à Trit.
Bou Ṛioul

entre eux est un espace stérile long comme la distance de Tisint à Aqqa Aït Sidi.
Chelkha Djedeïd

id.
Rist Djedeïd

id.
Bou Arbạïn

id.
Ḥedeb Bou Naïla

id.
Khrouf

id.
Bou Ạbd Allah

id.
Ta Bou Ạbd Allah

id.
Ṭiba Maṛnia

id.
Qçar Chạïr

id.
Lebdia
Distances :de Zbar à Tingaï comme de Tintazart à Qaçba el Djouạ.
de Tingaï à Rist Djedeïd comme de Tintazart à Aqqa Igiren.
de Rist Djedeïd à Lebdia comme de Tintazart à Qoubba Sidi El Ḥoseïn.
de Tisint à Tingaï comme de Tisint à Kheouïa.
de Tisint à Zbar comme de Tisint à Kheouïa.

Quant au Mạder Tatta, il est d’une pièce et n’est coupé d’aucune place stérile : la longueur en est égale à la distance de Qaçba el Djouạ à Tisint. Il est séparé de Lebdia, dernier point du Mạder Ida ou Blal, par un désert : il faut, pour parcourir ce dernier, le même temps que pour aller de Tisint à Aqqa Igiren.