La Mlouïa prend sa source dans le désert appelé Khela Mlouïa, sur le territoire des Beni Mgild. Puis elle coule durant assez longtemps en arrosant les terres de cette tribu.
Elle les quitte au point où elle reçoit l’Ouad Ouṭat Aït Izdeg ; ce confluent est la limite entre les Beni Mgild d’une part, les Aït Ioussi et les Aït ou Afella de l’autre : ceux-ci possèdent la rive droite du fleuve, ceux-là ont la gauche. Dans cette partie de son cours, la Mlouïa se déroule au milieu d’une large plaine ; elle a déjà beaucoup d’eau, mais ses rives sont à peu près désertes : des tribus entre lesquelles elle coule, la première n’a aucun établissement sur ses bords, ni même dans sa vallée, et ne vient que rarement planter ses tentes ou faire paître ses troupeaux le long de ses eaux ; la seconde, peu nombreuse, possède quelques qçars dans la vallée, mais n’en a qu’un sur les rives mêmes du fleuve ; ce qçar, Aḥouli (50 fusils ; rive droite), est situé à peu de distance au-dessous du confluent de l’Ouad Ouṭat Aït Izdeg. Aḥouli est le seul point habité du cours de la Mlouïa entre ce confluent et Qçâbi ech Cheurfa.
Au-dessous d’Aḥouli, après avoir coulé dans le désert, en formant limite entre les Aït Ioussi et les Aït ou Afella, la Mlouïa se borde subitement de cultures, de jardins et de qçars : c’est le district de Qçâbi ech Cheurfa. A cet endroit le fleuve coule au fond d’une tranchée, profonde d’environ 40 mètres et large de 1500. C’est cette tranchée qui, remplie sans interruption de plantations et de jardins sur une longueur de plus de 15 kilomètres et semée de nombreux qçars, forme le district de Qçâbi ech Cheurfa. Celui-ci ne s’étend pas ailleurs et se compose des seules rives du fleuve, sans déborder dans sa vallée. Des deux côtés du district, la vallée, de plus en plus plate et de plus en plus large, est occupée par les mêmes tribus qu’un peu plus haut. Aït Ioussi à gauche, Aït ou Afella à droite. Le district les sépare comme les séparaient auparavant les eaux du fleuve.
Après être sortie de Qçâbi ech Cheurfa, et avant d’entrer dans le désert, la Mlouïa arrose encore deux qçars : ils font suite au district d’El Qçâbi, mais n’en dépendent pas ; ce sont, d’abord Tamdafelt (rive gauche ; 120 fusils), puis plus bas Izeṛran (rive droite ; 30 fusils). Le premier appartient aux Aït ou Afella, le second aux Aït Izdeg. Les rives du fleuve, au fond de l’encaissement où il coule, ne cessent pas un instant, entre Qçâbi ech Cheurfa et Tamdafelt, comme entre Tamdafelt et Izeṛran, d’être garnies de cultures. Quant à la vallée, elle appartient toujours, d’un côté aux Aït Ioussi, de l’autre aux Aït ou Afella.
Au-dessous d’Izeṛran, la Mlouïa rentre dans le désert ; elle continue à couler entre deux tribus : les Aït Ioussi sont encore à gauche ; mais ce sont les Oulad Khaoua qui occupent à présent la rive droite : ils succèdent ici aux Aït ou Afella. La Mlouïa est toujours dans sa tranchée, de même largeur et de même profondeur qu’à Qçâbi ech Cheurfa, mais déserte ; les riantes cultures y sont remplacées par d’épais taillis de tamarix au milieu desquels serpentent, avec mille détours, les eaux jaunes du fleuve. D’Izeṛran à Misour, la Mlouïa coule ainsi, entre les deux mêmes tribus. Sur ce long espace, sa vallée, immense plaine, est habituellement déserte du côté des Aït Ioussi, semée de quelques campements du côté des Oulad Khaoua. Son cours n’a que deux points habités, deux qçars situés assez loin l’un de l’autre, isolés chacun sur ses bords, où ils coupent un instant le long ruban de tamarix ; tous deux appartiennent aux Oulad Khaoua ; ils se nomment, l’un Megdoul, l’autre El Bridja. Le premier est le plus haut, il est situé sur la rive droite et se compose de 40 maisons ; El Bridja est à onze kilomètres plus bas, sur la rive gauche ; elle a à peine 15 ou 20 feux. Le bois de tamarix qui remplit l’encaissement du fleuve porte, entre Megdoul et El Bridja, le nom de Ṛaba Oumm el Lefạ.
Ainsi coule la Mlouïa jusqu’à Misour. Ce lieu est un groupe de 10 à 12 qçars entourés d’admirables jardins, situé au confluent de la Mlouïa et de l’Ouad Souf ech Cherg, tributaire de sa rive gauche. Les qçars de Misour sont tous sur l’Ouad Souf ech Cherg, à l’exception d’un seul, Igli, qui se trouve sur la Mlouïa. Il s’élève sur sa rive gauche, un peu au-dessous du confluent ; c’est une localité importante, pouvant lever 300 fusils. Elle est située au bord même du fleuve, au fond de la tranchée où il a coulé jusqu’ici et où il continuera à être jusqu’à Ouṭat Oulad el Ḥadj.
A hauteur de Misour finissent les territoires des Aït Ioussi et des Oulad Khaoua. En les quittant, la Mlouïa entre sur celui des Oulad el Ḥadj ; cette puissante tribu occupe tout le fond de sa vallée, sur les deux rives : la vallée est ici une plaine immense, nue et déserte, triste région rappelant les Hauts Plateaux d’Algérie. Le fleuve coule au milieu, caché au fond de son encaissement, que remplissent toujours des tamarix touffus. Il demeure ainsi de Misour à Ouṭat Oulad el Ḥadj. Sur cette portion de son cours, il baigne un seul lieu habité, Touggour, petit village situé sur sa rive même, du côté gauche : le hameau se compose d’environ 50 habitations, occupées par des cherifs, descendants de Moulei Iạqob ben Selîman, et d’une qoubba, mausolée de ce saint. Touggour est située à peu près à mi-distance de Misour à Ouṭat Oulad el Ḥadj. Elle coupe ainsi la longue ligne de tamarix qui, au-dessus et au-dessous d’elle, garnit l’excavation du fleuve, en deux parties presque égales. Elles ont chacune leur nom : de Misour à Touggour, c’est Ṛaba Sidi Ạbd el Ouaḥad, ainsi appelée d’une qoubba qui s’y trouve ; de Touggour à Ouṭat Oulad el Ḥadj, c’est Ṛaba el Ạrich.
Ouṭat Oulad el Ḥadj est un groupe d’environ 30 qçars unis entre eux et enveloppés par de superbes jardins ; il est situé au confluent de la Mlouïa et de l’Ouad Chegg el Arḍ, son tributaire de gauche. Les jardins de cette sorte d’oasis touchent au fleuve, mais aucune localité n’est sur son cours ; toutes sont sur l’Ouad Chegg el Arḍ.
Au-dessous d’Ouṭat Oulad el Ḥadj, la Mlouïa demeure encore longtemps sur le territoire des Oulad el Ḥadj. La vallée tout entière leur appartient jusqu’au petit centre d’Oulad Ḥamid. Dans cette nouvelle portion, la vallée et les rives de la Mlouïa sont un peu différentes de ce qu’elles étaient auparavant. La vallée est toujours une vaste plaine, mais elle est moins large : elle avait plus de 30 kilomètres à hauteur de Misour, elle n’en a que 20 à El Ouṭat et ne cesse de se rétrécir jusqu’à Oulad Ḥamid. Elle reste déserte, avec çà et là de rares campements de nomades. Quant au fleuve, à partir d’El Ouṭat, il n’est plus encaissé et coule au niveau de la plaine ; plus de tamarix sur ses bords. Encore désert pendant une grande partie de son cours, il se garnit de qçars de distance en distance ; ces qçars sont, en le descendant : Oulad Jerrar (rive droite ; 20 fusils), Baṛdad (rive gauche ; 40 fusils), Oulad El Ḥasen (rive droite ; 40 fusils), Ez Zaouïa (rive droite ; 40 fusils), Oulad Sidi Ben Ạïada (rive gauche ; 30 fusils), Zerzaïa (rive gauche ; 80 fusils), Oulad Sidi Bou Iạqob (rive droite ; 30 fusils), Oulad Ḥamid (petite qaçba entourée de tentes et de huttes réparties sur les deux rives du fleuve ; 200 fusils). Il y a environ 17 kilomètres d’El Ouṭat à Oulad Jerrar. Les autres localités s’échelonnent au-dessous, ayant tantôt peu, tantôt beaucoup de distance entre elles. Les qçars d’Oulad Sidi Ben Ạïada et d’Oulad Sidi Bou Iạqob sont peuplés de marabouts, celui de Zerzaïa de Qebala, les autres d’Oulad el Ḥadj. Tous appartiennent à cette tribu. Les espaces qui les séparent sont déserts, excepté d’Oulad Sidi Bou Iạqob à Oulad Ḥamid ; entre ces deux points, les bords du fleuve sont sans interruption garnis de cultures.
En sortant du territoire des Oulad el Ḥadj, la Mlouïa passe à Refoula. C’est une petite qaçba entourée d’un certain nombre de tentes qui, comme celles d’Oulad Ḥamid, comme celles du Za, de l’Ouad Mesegmar, sont là constamment, aussi fixes que des maisons. Refoula appartient aux Ḥallaf, bien que le gros de cette tribu soit plus bas, séparé d’elle par les Houara. D’Oulad Ḥamid à Refoula, les bords du fleuve ne cessent d’être couverts de cultures.