Ouaouizert.

Ouaouizert est située au pied du Djebel Beni Mellal, au seuil d’une petite plaine traversée par l’Ouad el Ạbid. De quelque côté qu’on tourne les yeux, on ne voit que hautes montagnes, resserrant la vallée dans une ceinture étroite. La bourgade s’élève sur les deux rives d’un ruisseau qui porte son nom ; elle se compose de trois groupes d’habitations assez éloignés les uns des autres, unis par des vergers. L’un d’eux est une zaouïa, résidence d’une famille de marabouts, dont le chef actuel est Sidi Moḥammed ould Moḥammed. Dans les vergers, on voit quelques pans d’épaisses murailles, ruines d’une qaçba construite jadis par Moulei Ismạïl. Les maisons sont de pisé, à simple rez-de-chaussée couvert d’une terrasse ; au milieu d’elles, ainsi que dans la campagne voisine, se dressent un grand nombre de tiṛremts. Les arbres des jardins sont des oliviers, des pêchers et des figuiers ; les légumes, des piments, des oignons et des citrouilles. Ouaouizert renferme 800 ou 1000 habitants, dont 100 à 150 Israélites. Malgré son peu de population, elle a une réelle importance, par son marché d’abord, marché qui se tient le vendredi et qui est très fréquenté, ensuite et surtout par sa position, qui en fait une des portes du Grand Atlas et le nœud de plusieurs routes. Trois passages principaux s’ouvrent dans le Grand Atlas entre les bassins de l’Oumm er Rebiạ et du Dra : l’un à l’ouest, menant de Zaouïa Sidi Reḥal au Telouet ; un autre au centre, conduisant de Demnât aux Haskoura ; le dernier en face d’Ouaouizert, débouchant dans l’Oussikis. Celui-ci est le chemin que prennent les caravanes venant de Merrâkech allant soit dans le haut Ouad Dâdes, soit au Todṛa, soit au Ferkla. A l’est de ce col, il n’y en a plus de fréquenté dans la chaîne jusque auprès de Qçâbi ech Cheurfa.

Cavernes creusées dans le flanc droit de la vallée de l’Ouad Ouaouizert, à 3 kilomètres en amont d’Ouaouizert.

Croquis de l’auteur.

Les costumes sont les mêmes ici que dans le Tâdla ; mais les femmes, comme déjà celles des Beni Mellal, font un usage immodéré de henné. C’est une exception. Les Marocaines n’en mettent pas d’ordinaire avec excès.

Dans la vallée de l’Ouad Ouaouizert, à trois kilomètres au-dessus du village, se trouvent beaucoup de cavernes de Troglodytes comme celles décrites plus haut.

J’entends causer ici du voyage d’un Chrétien. Habillé en Musulman, il traversa, il y a trois ans et demi, le Sous, le Tazeroualt et Ouad Noun. Puis il se rendit à Tindouf, d’où il partit pour le Soudan. A Tétouan et à Fâs, on m’avait parlé du docteur Lenz ; cela n’avait rien de surprenant ; mais comment s’attendre à ce qu’ici, en ce coin perdu de l’Atlas, si éloigné du théâtre de ses explorations, sa renommée fût parvenue ?