Cependant j'étais dévoré d'inquiétude. Je connaissait trop bien la scélératesse de Paulo, son caractère haineux et vindicatif pour ne pas être assuré que tôt ou tard, il tenterait une revanche éclatante.

Je n'osais donc plus m'éloigner de la maison et laisser Adala d'un seul pas. Je la conduisais par la main dans mes courses journalières. Si je sortais en voiture, je la faisais asseoir à côté de moi; La nuit, son petit lit était placé tout près du mien. Je passais des heures entières à la regarder dormir essayant à deviner, chacune de ses pensées. Quand je voyais ses lèvres roses s'agiter et laisser échapper un sourire, je me demandais si elle ne causait en songe avec sa mère ou avec les anges ses petits frères. J'ajustais ses couvertures de crainte qu'elle ne prit du froid et doucement bien doucement, j'embrassais son couvre-pieds pour ne pas l'éveiller par le contact de ma bouche.

Elle avait à peine plus de quatre ans et j'admirais avec quelle rapidité son intelligence se développait. Tous ceux qui la connaissaient étaient aussi surpris de son étonnante précocité. Sa grand'mère et une bonne vigoureuse servante que j'avais engagée, l'aimaient presqu'autant que moi.

L'hiver qui suivit se passa dans une parfaite tranquillité. On n'avait pas entendu parler de Paulo ni de son complice, les vols et les rapines avaient cessé.

Tout le monde se félicitait de l'idée qu'ils étaient pour toujours disparus, seul probablement je n'ajoutais pas foi à cette croyance devenue générale.

Toutefois, une chose me rassurait, c'est que si je n'entendais rien dire de Baptiste et de ses braves compagnons, j'étais certain qu'ils surveillaient notre homme de près et feraient tout en leur pouvoir pour détourner les projets malicieux que le traître et son complice tenteraient contre moi ou plutôt contre Adala. Ce à quoi mes associés et surtout Baptiste tenaient le plus, c'était de les prendre tous les deux vivants peut-être auraient-ils recruté quelques autres sauvages et ils jouissaient d'avance du plaisir de les livrer à la justice. Baptiste était rusé, mais il avait affaire à forte partie: Paulo de son côté ne manquait pas de finesse. Son intelligence naturelle, l'instinct de la conservation l'avertissaient qu'il était poursuivi. Aussi, comme je l'appris plus tard; fallait-il faire de rudes marches pour ne pas perdre sa piste. La route qu'ils suivaient était toujours directe et tendait évidemment à un but... mais n'anticipons pas les évènements.

LA CAVERNE DES FÉES

Ceux qui ont visité Ste. Anne de la Grande Anse n'ont pu s'empêcher de remarquer une montagne allongée de douze à quinze arpents qui se trouve à une petite distance du fleuve. Son dos s'arrondit mollement en se prolongeant; elle n'est pas très élevée, mais assez pour que, du haut de son sommet, la vue domine le paysage magnifique qui l'environne.

Rien de plus agréable que de contempler son versant nord, boisé d'arbres variés et magnifiques. Des crêtes de rochers qui partent du haut et viennent jusqu'au bas vous représentent les côtes d'un immense cétacé dont la montagne a d'ailleurs l'apparence. L'une de ces crêtes présente vers le milieu un aspect plus âpre, plus hérissé. Elle a un pic qui domine les beaux arbres bordant les flancs de la montagne. Ce pic est aride et dénudé. Vers la partie ouest, il est coupé perpendiculairement. Il forme un contraste saisissant avec les autres bandes de rochers parallèles qui sont à demi caché par une luxuriante végétation.

Depuis longtemps, les habitants de l'endroit m'assuraient qu'une caverne profonde, creusée dans ce pic présentait dans son intérieur des dispositions tout à fait extraordinaires. Quelques-uns mêmes affirmaient, mais ceux-là, je suppose, n'étaient pas les plus hardis, que souvent des bruits étranges s'y faisaient entendre.