Jamais de ma vie, je n'ai éprouvé autant d'ennui que pendant les premiers mois qui suivirent cette séparation.
Enfin je rejoignis les compagnons qui m'attendaient à un endroit désigné et nous reprîmes la vie active.
Pendant la courte visite que j'avais faite à Adala, je lui avait souvent parlé du campement que nous avions établi auprès du Lac à la Truite. Je lui avais décrit le paysage si beau et les jouissances qu'on y trouvait. L'enfant avait écouté ces détails avec des larmes de plaisir. Elle me fit promettre en la laissant d'y construire un logement et que ce serait là que désormais nous habiterions.
Ses désirs étaient pour moi des ordres impérieux, aussi vers la fin de la seconde année, nous construisîmes ces cabanes que je ne changerais pas pour le plus somptueux des palais.
Enfin, depuis sept ans que nous y sommes installés, nous goûtons un bonheur presque sans nuages. Le seul chagrin qui soit venu assombrir notre ciel, a été la mort de mes deux soeurs qu'une épidémie a emportées successivement dans l'espace de deux mois Chères saintes femmes, elles se sont éteintes comme elles ont vécu, dans la paix du seigneur, après une carrière bien remplie d'années, mais encore plus de bonnes oeuvres.
Vous ferai-je maintenant une description de la manière dont nous passons notre temps. Peut-être pourrait-elle vous intéresser.
Le chant des oiseaux nous éveille dès le matin et souvent à ce chant s'en joint un autre mille fois plus suave, plus agréable à mon oreille, c'est celui de mon Adala qui semble leur répondre. Elle a, pour ainsi dire, apprivoisé ces chers petits enfants des bois, car elle charme tout ce qui l'entoure.
La culture des plantes, les broderies sur écorce, la couture et la lecture constituent ses occupations de la journée.
Rien de plus charmant que de la voir dans les beaux soirs d'été conduire son léger canot avec une adresse merveilleuse, sur les eaux tranquilles du lac. Puis quand tout est silencieux dans la nature, sa voix s'élève pure et argentine pour chanter un de ces, cantiques si touchants par leur naïve beauté, et qui sont une prière, une invocation.
C'est alors que les échos des montagnes saisissent ces notes si fraîches, qu'ils les répètent et se les renvoient les uns aux autres comme s'ils voulaient se les graver profondément dans leur mémoire.