Parfois aussi je l'amène à des expéditions de chasse, mais ces jours-là, je suis presque toujours certain de faire buisson creux. Il ne faut pas tirer sur ce pauvre lièvre qui ne nous fait aucun mal, dit-elle, n'abattez pas cette mère perdrix qui peut-être laisserait des enfants orphelins et personne alors pourvoirait à leur nourriture.

Mais si un loup ou n'importe quel autre animal carnassier se présente, oh! alors malheur à lui, car elle tire avec la plus grande précision. Elle aime beaucoup la légère carabine que je lui ai achetée et qui est du plus beau fini. Elle ne perd pas une occasion d'en faire admirer le mérite.

Lorsqu'elle se promène sur les bords du lac, elle est suivi d'une marmotte devenue l'hôte de sa maison et sa compagne inséparable. Plusieurs couvées de canards sauvages qu'elle à réussi à apprivoiser et qui viennent manger tour à tour dans sa main, en poussant des cris assourdissants, lui font cortège.

Rien de ses pas, de ces démarches, ni de ses actions, n'échappe aux regards ravis de sa grand'mère et des miens, nous en examinons tous les détails pour y trouver de nouveaux charmes, nous l'aimons tant.

Son caractère est quelque peu fantasque et aventureux, mais d'après mes recommandations elle ne s'éloigne jamais seule de la maison. Deux dogues énormes, qui sauraient la protéger dans le cas d'une mauvaise rencontre, sont les gardes les plus sûrs.

Le temps de chaque journée est ainsi réglé et les heures fuient avec une rapidité sans égale. Nous sommes loin de trouver le temps monotone et de vivre dans l'isolement. Chaque jour un chasseur ou un amateur de pêche vient nous demander un gîte. Nous avons aussi des nouvelles de tous cotés, car jamais ici le pain et l'hospitalité ne sont refusés.

Bien souvent il y a surcroît de vie et de gaîté dans l'habitation, c'est qu'alors Baptiste et ses deux inséparables compagnons sont venus nous visiter et se reposer de leurs fatigues.

Oh! ce sont ces jours-là de vrais dîners de Gamache ou de Sardanapale. Tout ce que la forêt peut offrir de gibier à plumes ou à poil est mis à contribution. Quelle folle gaîté préside au repas, le Gascon et le Normand ont eu de quinze jours à un mois pour renouveler leur approvisionnement d'histoire incroyables et fantastiques. Adala rit aux larmes, la grand'mere et moi rions de la voir rire et à ce concert d'éclats de rire se joint comme basse la grosse voix de Baptiste.

Des histoires on passe au chant, du chant à la danse, c'est Baptiste qui fait la musique. Il imite avec sa voix toute espèce d'instruments. Ses poings jouent du tambour sur n'importe quel meuble, ses pieds marquent la mesure et les deux français exécutent des cabrioles, des pas, des sauts impossibles tels qu'ils les ont vus faire, assurent-ils dans tel ou tel pays où il n'ont pourtant jamais été, la petite de se tordre de rire et nous, ma foi, de l'imiter. Ces fêtes se prolongent deux à trois jours.

Mais quand les froids d'hiver commencent à nous menacer, nous descendons au village pour laisser passer les mois les plus rigoureux.