La cabane reste alors sous les soins de la vieille Aglaousse qui s'obstine à ne pas vouloir nous suivre. Nous ne la laissons jamais seule, Baptiste et ses deux compagnons hivernent avec elle. J'ai soin avant de les laisser de pourvoir à tous leurs besoins. Nous leur faisons aussi de fréquentes visites dans le cours de l'hiver.
Nous allons habiter des appartements confortables auprès de l'église du hameau. Quelques bons voisins viennent fréquemment nous visiter. Dans la journée nous faisons des courses de traîneau et le soir le curé vient s'asseoir au coin du feu et nous réjouir par une intime et charmante causerie.
Telle est la vie que nous menons depuis sept années. Hélas! elles ont été bien courtes comparées à celles du passé, mais aujourd'hui un nuage de tristesse vient troubler mon bonheur, c'est une inquiétude bien naturelle, car je sens d'un jour à l'autre le poids des ans qui s'appesantit sur moi.
J'éprouve aujourd'hui dans les marches les plus courtes, que mon pied qui gravissait lestement autrefois les pentes les plus rapides, ne se traîne plus que péniblement même sur un terrain uni.
Ma pauvre Aglaousse elle aussi se fait vieille et je songe avec tristesse que quand tous les deux nous aurons quitté la terre, ce qui ne saurait tarder, qui donc prendra soin de ma chère petite fille?
Je dissimule autant que je le puis les traces de ma décrépitude, mais Adala semble s'en être aperçue, elle m'entoure de plus de soins, de prévenances s'il est possible. Elle ne me laisse plus un seul instant, elle parait inquiète. Elle me regardait l'autre jour avec un oeil plein de tristesse, tout à coup une larme est venue glisser sur ses joues, elle s'est empressée de la faire disparaître et de me sourire. Je lui en ai demandé la cause. C'est une vilaine poussière m'a-t-elle répondu!
Depuis trois jours, je n'ai pu sortir, je me sens faible, abattu. Je voudrais bien avoir Monsieur Fameux, mais Baptiste et ses compagnons n'y sont pas.
Les deux français sont partis pour une longue expédition de chasse. Baptiste a pour ainsi dire abandonné la vie des bois, il s'est mis à la culture et nous ne le voyons plus que rarement.
Mon Dieu, comment pourrai-je faire prévenir Monsieur Fameux de l'état précaire où je me trouve.
Je me suis ouvert à lui et lui ai dit que je comptais sur sa protection pour prendre soin d'Adala et de sa grand'mère quand je ne serai plus. Cette mission, il l'a acceptée, car il sait que je n'ai personne autre à qui m'adresser, mais il faudrait pourtant que je le visse avant de mourir.