—Il y a longtemps déjà qu'ils dorment dans le tombeau.

—Mais, reprit le curé, il donnait bien, lui aussi, dans le tombeau, Lazare, lorsque Dieu le rendit à ses soeurs! Il avait tout perdu, lui aussi, le saint homme Job, lorsque Dieu lui rendit avec usure ce qu'il croyait, perdu pour toujours.

—Oh! par grâce, monsieur, dit la pauvre femme en sanglotant; par grâce, ne me faites pas espérer, le réveil serait trop terrible. Ou, reprit-elle avec exaltation, avez-vous quelques nouvelles de mon mari? S'il en est ainsi, ajouta-t-elle joignant les mains, par pitié et au nom de ce que vous avez de plus cher, dites-le moi sans me faire attendre plus longtemps.

—Madame, il serait mal à vous de douter de la toute puissance et de la bonté de Dieu. La vie pour vous a été comme un de ces jours où le soleil se lève radieux et brillant pendant quelques instants, puis de sombres nuages viennent en cacher l'éclat pendant quelque temps; après les avoir dissipés, vous voyez l'astre du jour reparaître plus brillant qu'auparavant. Peut-être, madame, votre vie en est-elle à cette dernière phase et les ombres épaisses qui l'ont obscurcie vont-ils se dissiper comme le soleil dissipe les nuages.

Madame St.-Aubin se précipita à ses genoux:

—Grâce, grâce, dit-elle, pour l'amour de Dieu, si vous savez quelque chose de mon mari ou de mon enfant, dites-le moi, dites-le moi tout de suite.

Le prêtre la releva avec bonté.

—Ce n'est pas moi, lui dit-il, qui va vous donner ces renseignements, mais c'est un sauvage et sa femme que je viens de rencontrer; ils vous cherchaient. Leur permettez-vous d'entrer?

Au signal convenu, Jean Renousse et sa femme s'avancèrent dans la chambre, Madame St.-Aubin le reconnut, elle courut à lui et lui pressant les mains fortement:

—Est-il possible, Jean, lui dit-elle, que vous m'apportiez des nouvelles de mon mari ou de mon enfant!