—De l'un et de l'autre, répondit celui-ci d'une voix tremblante d'émotions. Mais d'abord, Madame, remettez-vous un pu, car la joie et le bonheur peuvent quelquefois être fatals; c'est à ma femme de commencer le récit.
—Oh! parlez, parlez, dit Madame St.-Aubin en s'adressant à l'indienne, voyez comme je suis calme à présent. Et ses membres tremblaient, en disant cela, d'un mouvement convulsif.
Alors l'indienne lui raconta comment l'enfant avait été sauvée du naufrage, comment elle avait été reconnue par Jean Renousse, et comment ils en avaient pris soin.
—Et mon enfant, ma chère petite enfant, puisqu'elle n'est pas dans vos bras, elle est donc m…… elle n'osa achever.
—Elle est vivante, madame, reprit la voix émue du prêtre, elle est dans les bras de son père, et les voilà tous deux qui viennent se jeter dans les vôtres.
A ces mots, M. St.-Aubin et Hermine se précipitèrent l'un dans les bras de son épouse, l'autre dans les bras de sa mère.
Le prêtre avait compris que prolonger plus longtemps cette scène d'attente eut été dangereux pour la raison de Madame St.-Aubin. Dépeindre les impressions des acteurs et des spectateurs de cette scène serait les affaiblir dans le coeur de nos lecteurs.
Quelques jours après ces événements, on voyait M. St.-Aubin avec sa famille, Jean Renousse et sa femme, entrer dans la chaumière du pauvre pécheur qui avait recueilli Madame St.-Aubin, et lorsqu'ils en sortirent, la figure des pauvres gens était baignée de larmes, mais rayonnait de bonheur. Ils avaient désormais plus que l'obole au-dessus du besoin. On alla ensuite visiter l'endroit où Tom était enterré; et si une larme de gratitude peut faire pousser une fleur sur la tombe de ceux pour qui elle est versée, combien elle dut en être ornée. Mais par les soins de M. St.-Aubin, une croix de fer fut érigée. Les noms de Tom et O'Brien y furent gravés. Plus bas on y lisait: Aux nobles victimes de leur généreux dévouement. Par la famille St.-Aubin.
Enfin on entra dans toutes les maisons qui avaient si généreusement tendu la main à Madame St.-Aubin dans sa détresse, et à tous coeurs généreux furent offerts un sincère remerciement, un souvenir par les époux qui s'étaient retrouvés après une séparation si prolongée et si douloureuse. Le vénérable curé, lui, ne voulut rien prendre, rien accepter. Il n'appartenait pas à des hommes de le récompenser. Faire une bonne action était un devoir pour lui. Sa récompense, il l'avait dans le témoignage de sa conscience qui lui disait qu'il avait fait une bonne oeuvre, et qui lui assurait que Dieu était content de ce qu'il avait fait.
Toutefois, l'air natal manquait à la famille de M. St.-Aubin. Celui-ci, quelque temps après, liquida ses affaires de commerce et retourna dans sa chère Acadie, où il acheta une grave et continua son premier négoce qui fleurit comme auparavant. Si vous voulez maintenant savoir ce que devinrent Jean Renousse et sa femme, suivez le regard de Madame St.-Aubin et d'Hermine qui sont penchées sur le balcon. Voyez, sur la lisière du bois, onduler cette petite colonne de fumée qui s'élève en spirale et qui paraît se jouer dans les airs; c'est là que demeure Jean Renousse et sa femme, dans une jolie maisonnette que M. St.-Aubin leur a fait construire; car pour eux, il leur faut encore l'air des forêts. Et chaque semaine on se visite, car on n'a pas oublié quels liens unissent la maison des bois avec celle de M. St.-Aubin……………………………….